17.11.2009

Dubitatif

inerrogatif.jpgLu dans la presse :"En misant sur l'aéronautique, les Emirats arabes unis préparent l'après-pétrole". Le Monde, 17 novembre.

.... la logique est incertaine...

04.11.2009

Quand Dieu s'en mêle

dieu.jpegNégociations climatiques, un siège pour Dieu ?

 

Alexis du Fontenioux. Le 4 novembre 2009.

 

Les mouvements religieux occupent une place de plus en plus prégnante dans la mobilisation autour des enjeux environnementaux et plus spécifiquement du réchauffement climatique. Jean Paul II en son temps appelait à une « conversion écologique » face à ce qu’il identifiait comme une menace de destruction. En 2006, Benoît XVI ira plus loin en qualifiant la dégradation environnementale d’ « axe du mal ». En 2008, il élève les actes relevant de l’atteinte à l’environnement au rang de péché mortel (en plus des 7 autres).

 

Aujourd’hui, on fait appel à toutes les bonnes volontés œcuméniques pour faire passer le message auprès de tous les croyants du monde. Ainsi, les grands leaders religieux de tous horizons (en compagnie de scientifiques, les temps changent) se sont retrouvés sur un bateau en Norvège au milieu d’icebergs pour….prier ! Depuis 1995 se développe une initiative œcuménique (l’ARC – Alliance des Religions pour la Conservation) avec pour vocation d’adresser des signaux forts d’engagements auprès des pouvoirs politiques. Cette alliance des religions se fait fort de réunir 85% des habitants de la planète et se veut un levier majeur dans l’évolution comportementale. Victoria Finaly, directrice de la communication de l’ARC ne cache pas l’ambition de son organisation : "La religion va émerger comme une force motrice majeure en faveur de l'action environnementale".

 

Bien entendu, le religieux est légitime pour exprimer son point de vue sur les questions relevant de notre rapport à la planète, à ce qu’il définit comme l’Esprit Créateur. La force philosophique, spirituelle, financière et foncière du religieux le place au même titre que d’autres parties prenantes dans la construction des mondes à venir.

 

prière.jpgL’ennui est ce que cela révèle de notre incapacité à nous mettre en situation de responsabilité. Quand on en vient à prier pour notre salut, la situation est en passe de glisser vers des terrains obscurs, propices à tous les excès. Lorsqu’on ne comprend plus le monde qui nous entoure, lorsqu’on perd la main sur son évolution, lorsqu’on a la sensation de perdre le contrôle d’une partie de notre avenir, on se retourne alors vers le très Haut pour obtenir des réponses. La porte du déterminisme religieux peut alors s’entrouvrir. Si les sacrifices d’antan ne sont plus à l’ordre du jour, le message est tout de même assez clair : placer la religion au cœur des réflexions relatives aux désordres que nous avons engendré. Face à notre désarroi collectif, la tentation pourrait être grande pour la religion de se poser en solution. La récupération est proche et les laïcards de tous poils peuvent frémir.

 

Fort de sa puissance et de son influence potentielle, L’ARC s’est placée sous la bienveillance de l’ONU. Sans vouloir fustiger au préalable l’action d’une telle organisation - qui après tout pourrait apporter une contribution intellectuelle intéressante -, sans vouloir non plus dénigrer une organisation fondée par le Prince Philip et certainement respectable, l’attention portée au rayonnement et aux messages des groupes religieux doit cependant rester vigilante. On sait les dommages que peuvent provoquer l’immiscion de l’intemporel dans une organisation sociale et politique.

 

Plus largement, ne pas agir en responsabilité sur les questions du « bien commun » et de l’environnement, avec le cortège de troubles sociaux sous-jacents, peut aboutir à bien d’autres dommages collatéraux et notamment au danger que constituerait l’émergence d’un nouvel obscurantisme et autres formes de fascismes. C’est aussi là l’un des enjeux des temps modernes.

29.10.2009

Controverses sociotechniques et débat public.

nanotechno.jpgLes nanotechnologies arrivent !

Nanotechnologies et Commission Nationale du Débat Public.

Alexis du Fontenioux. 29 octobre 2009.

Espoir ou effroi ? Nanotechnologies, le mot est lancé, la notion est confuse et le contenu reste obscur. Nanotechnologies : espoir d’un monde débarrassé de la maladie et de la souffrance ou effroi du transhumanisme ? Possibilité du recyclage à l’infini ou contrôle intégral de nos modes de vie ? Les déclinaisons industrielles, médicales et militaires dépassent largement les capacités d’imagination de l’être humain. Un chapitre de science fiction est ouvert… Un nanomonde, c’est tous les mondes possibles, du pire au meilleur.

Pour mesurer cette révolution, il faut tenter d’imaginer la capacité pour l’homme de produire de la matière atome par atome, à une échelle du milliardième de mètre, 500 000 fois plus petit qu’un cheveu.  La  possibilité nous serait offerte de fabriquer un matériau plus léger que la plume, plus résistant que l’acier, plus souple que le roseau. « Les nano-armes seront à la bombe atomique ce que celle-ci était à la fronde » selon Jean Pierre Dupuy. Les nanotechnologies sont un des stades ultime de l’incertitude, un paroxysme de controverse sociotechnique. Vous avez aimé le débat (ou le non débat) sur les OGM, vous allez adorer celui-ci !  Les nanotechnologies sont un défi lancé à la communauté humaine, à la démocratie et à ces procédures, à notre capacité d’imaginer et de construire un monde commun, souhaitable. Les structures institutionnelles actuelles ne sont pas en mesure de cadrer une telle révolution. A l’échelle de la France, comment la Cnil - déjà mise en difficulté par internet – pourrait-elle garantir un quelconque respect de nos libertés individuelles avec de telles technologies ? Les grandes puissances sont d’ores et déjà entrées dans une course de vitesse sur le sujet. La Russie notamment, qui a laissé filer de précédentes révolutions technico-industrielles, n’entend pas laisser échapper celle-ci.

debat_public4.jpgC’est dans ce cadre que s’ouvre un débat public national. Pour ou contre ? Avant même de traiter du fond du sujet, les controverses se fixent sur les procédures du débat. Vaste manipulation ou réelle volonté d’échanges de points de vue ? Pis-aller ou progrès démocratique ?  La Commission Nationale du Débat Public nous propose un test grandeur nature, nous allons pouvoir appréhender  la robustesse de ses procédures. Quelles que soient les conclusions de cette commission, elle est à suivre de près car elle contribue à l’enrichissement nécessaire de nos démocraties. La construction d’un monde commun nécessite des améliorations et des progrès constants de gouvernance et de procédures, elle  oblige à de nouvelles formes d’échanges et de collaborations entre la recherche en plein air (le citoyen, les profanes), la recherche confinée des laboratoires et le politique. De la qualité de ce travail, dépendra la question de la gestion des incertitudes  et des controverses inhérentes à la révolution annoncée. Certains appellent cet espace de débat public la « démocratie dialogique » (M. Callon, P. Lascourmes, Y. Barthe). Les révolutions technologiques pourraient-elles nous amener à des révolutions (bénéfiques ?) de gouvernance ? Quelle que soit son opinion sur le sujet des nanotechnologies, la porte d’un progrès démocratique est entrouverte, allons-y !

Oasis of the Seas

oasis-of-the-seas_1.jpgLa croisière s’amuse !

La société Royal Caribbean est heureuse de vous présenter leur dernier né : «Oasis of the seas » ! Le croisiériste l’annonce fièrement, tout à bord est pensé pour le plaisir, le confort et l’émerveillement des passagers, qui seront en l’occurrence principalement nos chers seniors. Le «Oasis of the Seas »  c’est un peu de démesure sur les océans.

L’aboutissement de ce rêve : il y aura à bord une patinoire…. Une patinoire pour un navire croisant dans les eaux mielleuses des Caraïbes,… une patinoire...

23.10.2009

Migrations climatiques, à quand un débat public?

migrations climatiques.jpgHautes tensions sur les migrations

Alexis du Fontenioux. 22 octobre 2009.

50, 100, 250 millions et probablement davantage de réfugiés climatiques sur les prochaines décennies ! Cette question posée depuis maintenant quelques années ne rencontre pas le débat sociétal nécessaire pour éclairer les enjeux du phénomène et les propositions politiques correspondantes se font désespérément attendre. Sujet sensible… l’abstention est de mise.

La désertification galopante,  la montée des eaux et l’assèchement de grands bassins versants aux premiers rangs desquels l’Indus, les glaciers himalayens et le milliard de personnes concernées (parmi les plus pauvres du monde) rendront dans de nombreuses régions du monde la survie impossible. Les vagues de réfugiés climatiques se développeront par cercles concentriques, amenant avec eux les troubles sociaux et parfois les conflits inhérents à toute migration massive. L’occident confortable et soi disant accueillant sera inévitablement concerné dans un délai d’une génération.

Or que constate t-on ? Les opinions publiques ne sont absolument pas préparées à un phénomène qui nécessite pourtant une pédagogie et une préparation essentielle pour éviter la résurgence de réflexes malheureux. Aucun mirador ni aucune frontière ne saurait arrêter des populations qui n’ont pour autre ambition que de survivre, sauf bien entendu à accepter la réapparition de régimes que nous souhaiterions définitivement exclus du sens de l’histoire.

maldives.jpgFaussement spectaculaires et profondément inutiles, les opérations de Sangatte, le démantèlement de la jungle de Calais, le retour à Kaboul de cette poignée de malheureux Afghans que l’on renvoie dans un pays en guerre. Politiques, ces migrations sont pourtant gérables. Mais que feront donc nos gouvernements lorsque le pic des migrations climatiques interviendra entre 2030 et 2050 ? Quels discours tiendront-ils pour ménager les convictions arrêtées de leurs électeurs respectifs ? Il est possible de renvoyer un Afghan à Kaboul comme il est possible de nier un droit d’Asile, mais que se passe t-il lorsque le lieu d’origine du migrant ne peut tout simplement plus accueillir la vie ? Comment organiser un charter de Maldiviens si les Maldives sont submergées ? Tout est à réinventer, les procédures, l’Asile, l’accueil, le système social, la citoyenneté, etc.

Sans vouloir entrer dans des considérations éthiques ou morales (amis lecteurs, évitez les commentaires inévitables et souvent virulents sur cette question), nous voyons aujourd’hui se développer l’ADN comme un élément de réponse au traitement des migrations. Les Etats Unis, officiellement, veulent « rapprocher les familles de réfugiés originaires de l’Afrique de l’Est », Le Royaume Unis a tenté la mise en place du «Human Provenance Project », dont l’ambition (fort peu scientifique) est de déterminer l’origine géographique des migrants, la France quant à elle a tenté dans le cadre du principe de regroupement familial et avec le succès que l’on connaît son propre système de tests de filiation génétique. Ces dispositifs illustrent surtout le désarroi et l’impuissance prévisible des politiques publiques face à la perspective du phénomène de migrations climatiques.

autruche.jpgComment amortir et anticiper l’accueil d’une importante population de migrants qui physiquement n’auront pas la possibilité du retour? La politique de l’autruche est la pire qui soit, aucune démocratie occidentale ne pourra faire l’économie d’un débat en profondeur sur ce phénomène inédit par son ampleur. Le plus tôt sera mieux.

15.10.2009

Sale temps pour l'atome

nucléaire.jpgSale temps pour l'Atome

Alexis du Fontenioux. 20 octobre 2009.

Régulièrement, l'industrie nucléaire sort de son confinement pour venir nous rappeler que les problèmes inhérents à l'activité sont toujours des sujets brûlants. A ce titre, ces dernières semaines ont été assez riches en matière de révélations, enquêtes et autres incidents. Les porte-paroles d'EDF et d'Areva n'ont pas du chômer !

Tout d'abord, le documentaire réalisé par Laure Noualhat et Eric Guéret (Déchets, le cauchemar du nucléaire) traite de la difficile question des déchets nucléaires sous un jour nouveau. Pour le profane, ces enquêtes ont le mérite de faire découvrir certains aspects obscurs de l'activité et de permettre un meilleur décryptage des discours officiels. Ainsi, on apprend avec une certaine stupéfaction que l'industrie nucléaire française ne dispose pas elle-même de la technologie nécessaire pour recycler « effectivement » ses matériaux radioactifs et est obligée d'en abandonner une bonne partie en cours de route. Incompétence irresponsable lorsqu'il ne s'agit que d'un choix d'investissements. L'effectivité du recyclage des matières radioactives permet aussi de nuancer sérieusement les amalgames régulièrement réalisés entre renouvelabilité, recyclabilité et recyclage : « Il faut parler, du nucléaire comme de toutes les autres énergies renouvelables » N. Sarkozy25/07/2007. De même, le discours relatif à la « sécurité et à l'indépendance énergétique » est mis à mal, lorsque cette même sécurité et indépendance est directement menacée en amont et an aval de la filière.

Moins médiatisée mais tout aussi instructive, l'enquête menée par la même Laure Noualhat pour le magazine Terra Eco. Ici, la question se pose autour du  management et des ressources humaines. On y apprend que les compétences nécessaires au fonctionnement de l'industrie nucléaire sont désormais une ressource rare en quantité comme en qualité. On savait Areva en permanente campagne de recrutement, on comprend mieux les enjeux lorsque le système éducatif français fourni 300 ingénieurs spécialistes du secteur par an alors que les besoins annuels se situent autour de 1200 emplois ! Lorsqu'Areva positionne la diversité comme une richesse pour l'entreprise, la réalité résonne plus comme un appel : « venez travailler chez nous, sinon qui fera tourner la machine ? ».

escadrille.jpgEnfin, « les emmerdes volant en escadrilles » (Jacques Chirac),  surgissent des incidents pour le moins inquiétants. A Cadarache, on oublie 30 kg de plutonium, en Italie l' « éco-mafia » coule des cargos chargés de déchets radioactifs.... Sale temps pour l'atome.

L'industrie nucléaire est comme toutes les industries, elle ne peut survivre que si elle se place dans une logique d'investissements et de développements permanents. Les problèmes rencontrés aujourd'hui, loin d'être solubles sont donc destinés à se multiplier et à s'amplifier. Aujourd'hui, la question n'est pas d'être pour ou contre le nucléaire. La question est de savoir quand et comment en sortir. Les acteurs (EDF, Areva), au lieu de se projeter dans une permanente fuite en avant doivent prendre toute leur part à ce débat et s'inscrire eux aussi dans la « sortie du nucléaire ».

09.10.2009

La Chine en question

chine.jpgNégociations climatiques, l’épineuse question Chinoise

Alexis du Fontenioux. Octobre 2009  

Un Etat à l’échelle d’un continent, une société avide de progrès après des décennies de déshérance, un capitalisme d’Etat brutal et autoritaire ; au-delà des lieux communs, la difficulté de trouver des accords d’engagements climatiques avec la Chine est le fruit d’un pays pétri de contrastes.

Un grand connaisseur de ce pays  vivant depuis plus d’une décennie dans l’empire du milieu nous le confiait récemment : plus on connaît la Chine, moins on la comprend tant est grande sa complexité sociale, culturelle politique et économique. C’est pourtant l’un des acteurs clefs des négociations climatiques de Copenhague. La troisième (et bientôt deuxième) économie du monde se considère comme un « pays en voie de développement » et prend la tête des revendications du G77 composé d'économies pauvres ou émergentes, réclamant le droit au développement. En prenant à son compte ces revendications, la Chine se positionne au même niveau que ces pays, et demande que les objectifs contraignants soient assumés d’abord par les pays développés. Le G77 c’est l’Afghanistan, la Guinée, Haïti...

G77.gifLa Chine capable d’envoyer des hommes dans l’espace, doit dans le même temps gérer des campagnes dépourvues du  « progrès » contemporain. Ce pays, qui d’un coté crée des « éco quartiers » novateurs (Wuhan) est en passe de devenir le premier émetteur de gaz à effet de serre du monde et construit ses centrales thermiques au rythme effréné d’une par semaine pour  atteindre aujourd’hui plus de 10% de la consommation d’électricité mondiale. Ce pays, qui a en projet les plus grandes fermes photovoltaïques du monde se conduit par ailleurs en prédateur des ressources fossiles et autres matières premières sur tous les continents. Le Sahel  et  Manhattan, le Bengladesh et La City, les favelas au cœur de Neuilly Sur Seine, tels sont les contrastes d’un pays destiné à prendre en main une partie de notre avenir.

La Chine s’est ouverte, elle a bénéficié des « progrès » liés à cette ouverture, elle a embrassé le système capitaliste et mondialisé pour le meilleur et pour le pire. Elle doit aujourd’hui assumer le rôle nouveau qui est le sien, c'est-à-dire celui d’un acteur majeur de la « gouvernance mondiale » tant espérée. Les résultats spectaculaires de son modèle de développement basé sur un capitalisme assumé et un autoritarisme politique lui donnent des responsabilités nouvelles dont elle ne peut se soustraire. Le deuxième PIB mondial peut-il  aujourd’hui s’aligner sur les pays en voie de développement concernant les enjeux climatiques, c'est-à-dire comme un pays soumis à l’ordre mondial établi. Les problèmes d’équité et d’harmonisation sociale de la Chine sont des questions internes, l’impact de ce pays en matière d’émissions de gaz à effet de serre sont des questions qui concernent l’ensemble de la communauté internationale, la Chine ne peut pas observer ce débat au même titre qu’un autre pays en voie de développement. Même si l’engagement du gouvernement Chinois pour une croissance verte est sérieux, volontaire et ne peut être nié,  il doit s’engager sur des objectifs contraignants faute de quoi, les négociations internationales sur le climat ne pourront atteindre leurs objectifs.

Le corolaire étant que de notre côté du monde, nous cessions de considérer la Chine comme un atelier du monde corvéable à merci. Si nos acheteurs internationaux continuent à vouloir toujours plus pour toujours moins cher ; si nous, consommateurs, n’acceptons pas de payer les jouets de nos enfants, nos casquettes, portables et autres produits manufacturés à leur juste prix, alors ces exigences de réduction d’émissions de gaz à effet de serre ne trouveront que peu d’échos. Les négociations internationales sur le climat passent aussi par la réforme de L’OIT et de l’OMC.

24.09.2009

Copenhague, au-delà des effets d’annonce

chiffres.gifCopenhague, des chiffres, des chiffres, des chiffres

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

15% d’énergies renouvelables pour la Chine à l’horizon 2020, 20%  de réduction d’émissions de CO2 d’ici 2020 pour le Japon, 1,3% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour l’UE en 2008. Des chiffres, des chiffres, des chiffres….

Jusqu’à Copenhague, les protagonistes afficheront un certain nombre d’éléments chiffrés devant servir de base aux négociations sur le climat. Pour l’opinion publique, ces chiffres pourront être trompeurs. Il est bon de remémorer les principes de base sur lesquels s’appuient des négociations à venir.

Si la Chine atteint un mix énergétique  constitué à 15% de renouvelables, c’est une bonne nouvelle. Cependant, si dans le même temps, la consommation énergétique augmente de 100%, il est aisé de comprendre qu’on ne répondra pas au problème posé. La problématique carbone ne réside pas dans des rapports de proportion mais de volume.

De même, lorsque le Japon affiche une diminution de 20% des émissions de CO2 d’ici 2020, reste la question de l’année de référence, dans le cas présent 2005. Hors, à ce jour, les négociations sur les émissions de CO2 se réfèrent à l’année 1990.

Au niveau de l’Europe où en est-on ? Les objectifs 2012  fixés par le protocole de Kyoto semblent en voie d’être atteints et les engagements futurs semblent même être supérieurs au fameux protocole (-30%  à l’horizon 2020). Bien sûr on pourra objecter du rôle de la récession, des délocalisations industrielles et des effets pervers du « mécanisme de développement propre » dans ces résultats. De même, le périmètre est souvent confus et les données parfois contradictoires (Europe des 15, des 27?...). L’effort pour maintenir et même accentuer cette tendance n’en reste pas moins à souligner lorsque les Etats Unis et la Chine refusent toujours d’entrer dans une logique contraignante de fixation d’objectifs.

Les objectifs généraux pour contrôler, et non pas pour « stopper », une élévation des températures globales restent fixés à une diminution globale de 20% des GES à l’horizon 2020 et de 50% à l’horizon 2050 par rapport à l’année de référence 1990. Ceci  correspondant pour les pays industrialisés à une diminution de l’ordre de 80% de leur émission de gaz à effet de serre (pour 2050).  Il est bon de rappeler que la réalité des faits se situe toujours dans les limites supérieures du pire scénario.  

A l’heure où ces enjeux sont toujours plus  géopolitiques, diplomatiques et économiques, rappeler le cadre et le contexte dans lequel s’inscrivent ces chiffres, ces objectifs et ces engagements, reste essentiel à une bonne compréhension des débats.  

21.09.2009

France Telecom

carré noir.jpgIrréversible

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

 "Il faut absolument casser ce mouvement-là", "la première urgence c'est d'arriver à contrôler et à arrêter le phénomène de contagion", "casser le mouvement de spirale infernale". Sans même aller jusqu’à la fameuse et malheureuse « mode », les mots utilisés par  Didier Lombard sur les évènements dramatiques concernant  son entreprise démontrent de manière ahurissante son incompréhension, son désarroi et son impuissance face à la situation qu’il affronte.  Le PDG de France Telecom communiquerait t-il sur une sorte d’accident industriel ? On pourrait remplacer le mot « suicide » par «perte de parts de marché », la dialectique serait la même.

Bien sûr, Didier Lombard porte là un fardeau qui le dépasse, mais il s’agit bien du résultat d’une culture systémique où tout dans l’entreprise est mesuré au regard de critères excluant l’homme et sa sensibilité. Ces actes extrêmes sont mêmes analysés ici où là comme l’incapacité des individus de passer d’une culture « administrative » à une culture « entrepreneuriale », ne leur faisons pas cette injure.

Si ces affaires (Renault, Peugeot, France Telecom) émergent face à l’opinion publique, c’est que – fait inédit – l’évènement se produit sur le lieu de travail, comme une signature désignant le responsable : « l’entreprise m’a tué ». Par les propos dénués d’humanité de Didier Lombard, ces hommes et ces femmes, n’ont même pas le droit à une expression posthume de leur besoin de reconnaissance. Dans le cas présent, déployer des psychologues pour faire face aux « situations de faiblesses », c’est porter la responsabilité de ces drames sur les victimes sans remettre en question la question du « pourquoi ». En d’autres termes, ce n’est pas le système qui est vicié, ce sont les hommes qui sont inaptes. C’est Nivelle qu’on réhabilite.

Le groupe La Poste, qui prépare la même transition que France Telecom, doit observer ces évènements avec anxiété, du moins on l’espère. Les armées de consultants, déployant des modèles de planification stratégique vont-ils revoir leur copie ? Dans un monde où tout est jugé à l’aune de la performance, dans un monde ou l’absentéisme et les arrêts maladies sont le signe d’un défaut de management, dans un monde où la gestion du stress au travail est externalisé par des consultants et experts formateurs, dans un monde où la peur bride le dialogue et la confiance, il serait bon de rappeler qu’aucune stratégie d’entreprise, si brillante soit-elle, ne saurait réussir sans l’adhésion des individus concernés. Nos consultants qui nous confectionnent de magnifiques tableaux et autres « slides » de pilotage stratégique devraient s’en souvenir.

Nous vivons une émotion collective légitime face à ces drames. A l’heure où nos agriculteurs expriment de la même manière leur désespoir, rappelons nous que plus de 1000 fermiers indiens endettés commettent l’irréversible tous les mois.

08.09.2009

Il n'y en aura pas pour tout le monde!

soldes.jpgIl n’y en aura pas pour tout le monde.

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

Nous comprenons (trop) lentement l’impact de nos modes de vie sur l’environnement. Nous commençons à admettre son caractère non déployable et en sommes aux balbutiements des mesures à prendre pour réduire cet impact.

Mais nous n’envisageons pas encore suffisamment l’envers de cette situation, à savoir la compréhension des impacts de l’état de l’environnement sur nos modes de vies. Notre rapport au réchauffement climatique en est l’illustration, nous restons bloqué sur la question du « comment diminuer nos émissions de CO2 » et n’abordons que peu la problématique de « l’adaptation à un nouvel environnement ». Exemple : où trouvons-nous trace d’un débat public sur la gestion des migrations climatiques ?

L’article du Monde du 7 septembre « La Chine accroît sa mainmise sur les métaux rares » en est une autre illustration. Ainsi, la Chine finalise un plan 2010/2015 quant à la gestion des stocks de métaux rares (dysprosium, terbium, indium) qui servent entre autres à la fabrication de nos écrans plats, batteries de téléphones, de voitures… L’idée du plan Chinois est de limiter les exportations de ces matières premières et de garantir son approvisionnement hors de ses frontières, en Australie notamment.

Comment comprendre cette politique ? Georges Pichon déclare dans les colonnes du Monde, « ce n’est pas la hausse des prix sur les métaux qui intéresse la Chine, mais la maîtrise de cette filière et la fabrication sur son sol des produits tirés de ces terres rares », Bertrand d’Armagnac en conclut qu’il s’agit d’une approche plus stratégique que financière.

Traduction : les tensions physiques (la disponibilité, le stock et non les tensions financières) autour de ces matériaux remettent en cause la pérennité d’un modèle et d'un mode de vie (production/consommation) basé sur le divertissement, les télécommunications, le transport. Contrôler la matière première, c'est "garder la main" sur l'avenir.  En d’autres termes, il n’y en aura pas pour tout le monde.

04.09.2009

La parabole du marathonien

marathonien.jpgTaxe Carbone, La parabole du marathonien

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

Le débat sur la taxe carbone est donc plus que jamais porté sur la place publique. D’une discussion d’experts et de politiques, les profanes se sont emparés du sujet avec tous les excès mais aussi la créativité que cela comporte.

Que le débat soit ouvert et livré aux profanes est une bonne chose. On peut juste regretter que le travail d’émergence de la controverse n’ait pas été réalisé au préalable. Bien sûr le sujet est abordé depuis longtemps, mais tant que les propositions concrètes n’étaient exposées, les questions qui fâchent étaient remises au lendemain.

En faisant appel au dieu « opinion publique », les excès en tout genre, la mauvaise gestion de la controverse et une bonne dose de démagogie semblent aujourd’hui prendre le pas.

La parabole est certes simplificatrice et à la limite du caricatural, mais elle a le mérite de la pédagogie. Appelons celle-ci « parabole du marathonien ». Si nous considérons un individu au mode de vie peu compatible avec la pratique du sport et que cet individu ait l’obligation de courir un marathon dans 6 mois, plusieurs options s’offrent à lui. Changer ses habitudes alimentaires, cesser de fumer et de boire de l’alcool, s’entrainer régulièrement. Il peut aussi ne rien faire, cela ne l’empêchera pas de faire son marathon mais au prix de souffrances bien supérieures et d’une performance pour le moins limitée. C’est dans les grandes lignes ce que nous propose la taxe carbone. Il ne s’agit pas « sauver la planète » comme on l’entend ici où là, si tel était le cas nos problèmes n’en seraient pas, il s’agit de se préparer collectivement à de nouvelles conditions de vie, de production et de consommation. On peut la refuser en bloc, cela ne changera rien aux exigences qui nous attendent (augmentation du prix de l’énergie, problématique des émissions de CO2), détourner la question de cette fiscalité vers une taxe pour les pétroliers ne répondra pas aux exigences initiales de modifications des comportements individuels, attendre la généralisation des véhicules électriques, c’est prendre à nouveaux le risque du mirage technologique pour encore reporter le problème à plus tard.

S’atteler aujourd’hui à la question de la gestion des comportements individuels, tant qu’il nous reste une marge de manœuvre pour agir et non subir, c’est anticiper un monde potentiellement violent, socialement et politiquement.

La taxe Carbone n’est que le début d’un long processus de bouleversement des valeurs, la réticence collective manifestée n’annonce rien de bon pour le reste des mesures à prendre. Nous n’en avons pas finit avec la pédagogie.  

26.08.2009

Ils nous ont tant fait rire

rires.jpgFlorilège de l'été 2009. Ils nous ont tant fait rire !

Alexis du Fontenioux. Août 2009

L’été 2009 nous a relativement épargné des hélas traditionnelles catastrophes ou incidents majeurs (guerres, attentas, crises politiques internationales, etc.). Croisons les doigts. Il ne nous a cependant pas fait l’économie de postures, prises de positions et déclarations pour le moins incongrues. Petit florilège de l’été 2009 :

En août, La Food Standards Agency révèle par les résultats d’une « étude » qu’il n’y aurait aucun bénéfice pour la santé à consommer des produits alimentaires bio en comparaison avec les produits dit « conventionnels ». On apprend cependant que les pesticides, herbicides, fongicides, insecticides et leurs impacts ne rentraient pas dans le champ de ladite étude. De l’intérêt d’une étude sur le bio…

De même, on pouvait découvrir une déclaration surprenante du directeur général de General Motors. En substance : « Le phénomène de la voiture verte n’existe que dans les médias, les consommateurs préféreront les véhicules traditionnels tant que le carburant restera abordable ». De la responsabilité de nos décideurs…

Pour finir, Claude Allègre nous a gratifié d’une nouvelle déclaration savoureuse : « stopper toute émission de CO2 par la France ne modifiera la température moyenne du globe que d’1 centième de degrés dans 100 ans ». Pour quelqu’un qui affirmait l’impossibilité de dégager des prévisions de changements climatiques globaux de l’ordre de deux ou trois degrés sur un siècle, le voilà qui modélise des changements de l’ordre de 1/100 de degrés sur la même période ! Allez comprendre…

Carlos Ghosn dans les colonnes du Figaro."Le pire de la crise (du secteur automobile) est passé. Je suis confiant, car si nous sommes encore dans une situation de déprime économique, la crise financière est clairement derrière nous, avec une régularisation des circuits financiers et une normalisation des activités bancaires. Nous pouvons emprunter à des taux plus favorables, l'investissement repart, les valeurs boursières remontent". Nous voilà rassurés, la crise du secteur automobile repose donc sur des considérations financières!

Même s’il est un peu jaune, le rire fait toujours autant de bien.

 

Bonne rentrée à tous

23.07.2009

terres à louer, attention danger!

terres agricoles.jpgTerres à louer, attention danger !

Alexis du Fontenioux. Juillet 2009

Nous le savons depuis maintenant quelques temps, l’achat et la location de terres arables par des entreprises et des Etats étrangers est une pratique qui se généralise et qui connaît même une accélération subite selon Paul Mathieu de la FAO.

Ainsi, la Chine, La Corée du Sud, l’Inde et même l’Egypte se livrent à ce genre d’investissements en Afrique, en Amérique Latine, en Russie, etc. Ce phénomène prend une telle ampleur que 20 millions d’hectares de terres agricoles (la France compte 32 millions d’hectares de surface agricole!) sont entre les mains de ceux qui investissent sur des marchés désormais considérés à hauts rendements capitalistiques. Face à la crise financière et à la volatilité des matières premières, l’investissement en surfaces agricoles semble trouver grâce aux yeux de nombreux opérateurs. Ainsi on retrouve sur ce marché des entreprises comme Hyundaï Heavy Industries ou autres Daewoo logisitcs qui possède la moitié des terres agricoles de Madagascar !

Ces pratiques posent bien entendu de nombreuses et graves questions. Certains prétendent que cela permettra aux populations locales de développer la productivité agricole et le développement rural des pays concernés, une sorte de néocolonialisme en quelque sorte. La production agricole escomptée n’alimentera certainement pas les besoins locaux, mais les marchés solvables, d’autant que la grande partie de ces productions sont destinés aux agrocarburants (huile de palme) ou à l’alimentation du bétail.

agriculture intensive.jpgL’objectif est bien entendu ailleurs, il s’agit pour des pays qui ont atteint la limite de productivité de leurs propres surfaces agricoles ou de leurs ressources en eau de se servir ailleurs. Il en va de l’agriculture comme de l’énergie, la sécurisation des approvisionnements est un secteur stratégique et autorise toutes les dérives.

Au-delà des troubles sociaux que provoqueront cette mainmise sur des ressources vitales, menant à la perte de l’accès aux terres par les producteurs locaux, dans quel état retrouverons-nous ces territoires après une exploitation par définition intensive et capitalistique? Désastre économique et social pour les populations locales, désastre environnemental en perspective, il est urgent  de définir un contrôle de ces nouvelles sortes d’investissements, bien souvent opaques et fondamentalement choquantes.

15.07.2009

compte rendu de séance

cochet.jpg

Compte rendu de séance

Alexis du Fontenioux. Juillet 2009.

La motion de censure déposée par le groupe Socialiste, radical, citoyen et divers gauche (SRC) contre la politique du gouvernement a donné lieu le mercredi 8 juillet à une intervention inhabituelle, passée relativement et injustement inaperçue, qu’il convient de rappeler et de faire connaître.

Après quelques passes d’armes sans grand intérêt entre majorité et opposition - spectacle à nous faire désespérer du débat politique - Yves Cochet est monté à la tribune et a placé son intervention sur un tout autre sujet.

Il nous a fourni une analyse circonstanciée de sa vision de la crise systémique actuelle. Il s’est attaché à reconstituer les évènements, causes et conséquences, qui selon lui ont abouti au constat d’une impasse économique et financière.

En substance, les conclusions de son argumentation consistent à démontrer que « la crise actuelle est [] d’abord et avant tout une crise du sous-sol, une crise des énergies fossiles et des matières premières. C’est l’économie matérielle qui est à l’origine de la crise financière et non l’inverse ». Il a rappelé le poids historique du pétrole dans nos crises successives en soulignant les 500% d’augmentation des cours entre 2002 et 2008.

pétrole.jpgL’explication qu’il donne de l’enchaînement qui conduit à la crise systémique se résume de la façon suivante, une histoire de dominos. Le premier : hausse des cours du baril et des prix des produits pétroliers ; le second: la crise immobilière entrainant la crise des remboursements des crédits hypothécaires et les difficultés des industries automobiles et des compagnies aériennes, victimes collatérales. Puis c’est l’engrenage : affaissement du marché des produits dérivés sur le marché pétrolier, diminution de la demande mondiale de pétrole, laquelle diminution provoque la baisse des prix du pétrole et la réduction de la production.

Par la suite, Il expose les difficultés à venir - symbolisées par les « vagues scélérates » décrites par le LEAP - le poids des factures énergétiques, l’impact de la dette publiques et la faillite potentielle de certains pays dits « avancés ». En bref, Yves Cochet souligne qu’en interprétant mal l’origine de la crise, nous ne pouvons trouver les moyens de la traiter. Sortie de crise en 2010 : chiche ?

hémicycle.jpg

Pour finir, si dans le cadre de son discours Yves Cochet ne propose pas de solutions et de propositions d’actions concrètes, il a pour autant rempli le rôle politique qui est le sien : analyser, prévoir, alerter, mettre en perspective, sans tomber à aucun moment dans les polémiques inutiles qui peu à peu usent notre capacité de réfléchir et d’agir. Tant sur le fond que sur la forme, il a tenu un langage que peu de personnes peuvent ou savent porter au sein de l’hémicycle.

Alors pour votre intervention du mercredi 8 juillet 2009, merci Monsieur Cochet.

09.07.2009

Taxe carbone et justice sociale

CO2.jpgTaxe carbone et justice sociale

Alexis du Fontenioux. Juillet 2009

Le débat sur la taxe carbone est donc lancé. Le mérite en revient incontestablement à Nicolas Hulot et à ses complices qui ont su porter un sujet dont les principes ont été testés dans d’autres pays (Suède et Danemark notamment).

Le débat est posé et déjà les gens s’inquiètent. Les discussions s’articulent aujourd’hui autour de l’acceptabilité sociale d’une mesure perçue comme une pression fiscale supplémentaire. « Le pari écologique ne peut se gagner en pénalisant les familles les plus modestes » selon Daniel Ruiz. L’association UFC-Que choisir n’en démord pas et  s’oppose « fermement aux projets de taxe carbone qui vise à accroître le prix du carburant pour essayer de diminuer la consommation».

« Nous devons lutter pour respecter les 450 ppm, mais [] nous devrions nous préparer au fait que les 550 ppm seront vraisemblablement atteints. La cible des 450 ppm est incroyablement difficile à atteindre », selon Bob Watson. La concentration de CO2 dans la basse atmosphère doit être gérée, contrôlée et diminuée dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Nous parlons d’un volume d’émissions et d’un niveau de concentration de CO2 que nous ne devrions pas dépasser. Ainsi, Il en va des émissions de CO2 comme de la gestion des matières premières, c’est un stock comme un autre.  

Hors, il n’y a que deux leviers pour gérer un stock de ressources finies : les prix ou les quotas. Chacune de ces options a ses vices et ses vertus, la gestion par les prix est injuste socialement, la gestion par les quotas est liberticide. Nous employons un « mix » de ces deux leviers : les quotas par l’intermédiaire des PNAQ (Plan National d’ Affectation des Quotas) et aujourd’hui par les prix via la taxe carbone. Si le signal prix a démontré son efficacité (bonus écologique), au final  les foyers aux revenus les plus modestes se trouveront inévitablement pénalisés pour se déplacer, pour se chauffer, et ce malgré tous les « chèques verts » à l’étude.

rationnement.jpgPlus généralement, la gestion par les prix, c'est-à-dire le marché, de l’ensemble des ressources et des stocks de matières premières est aujourd’hui globalement la règle et les injustices sociales sont d’autant plus douloureuses dans les pays les plus pauvres où les besoins en énergie et en produits alimentaires est une question de survie. La taxe carbone nous permet de donner une réalité à plus petite échelle de ce phénomène.  A l’inverse, un système de gestion de stocks « juste » socialement s’orienterait vers un système de quotas, un retour aux tickets de rationnement en quelque sorte. Si nous refusons l’idée d’une augmentation des prix, sommes davantage prêts à cette seconde option ?

Le développement durable est créateur d’emplois, de nouvelles sources de croissance, de nouvelles perspectives de marchés ; certes. Mais le respect de l’environnement a cependant un coût. Que celui-ci se traduise en termes financiers (les prix) ou en termes de contraintes et de libertés individuelles (les quotas), c’est une réalité qu’il faudra aborder, ce sont des arbitrages qu’il faudra porter en connaissance de cause.

02.07.2009

Concilier l'inconciliable?

négociateur.gifGestion de la controverse et processus de décision.

Alexis du Fontenioux. Juillet 2008

On le sait, le développement durable est un catalyseur des contradictions, un révélateur d’intérêts divergents qui rend la décision publique difficile car les parties prenantes affichent des attentes difficilement conciliables. Alors comment agir,  comment faire pour trouver un terrain d’entente et un compromis sur les actions à mener ?

Si nous demandons à la communauté des pêcheurs et aux associations de protection de la ressource halieutique de se réunir en huit clos et de trouver des solutions pour régler le problème de la surpêche aujourd’hui, il y a fort à parier qu’après plusieurs nuits blanches le résultat sera tiède et ne satisfera complètement aucune des parties. L’un voudra protéger ses ressources, l’autre la ressource. Il en est de même pour l’alimentaire (pro et anti OGM), pour l’énergie, le transport, etc. Si de surcroît on considère ces violents antagonismes au niveau mondial et si on l’agrémente d’un volet social conséquent, on comprend mieux les armées de négociateurs mobilisés par les différentes délégations internationales.

Les situations actuelles sont le résultat de décisions prises hier. Les décisions prises aujourd’hui verront leurs conséquences s’appliquer demain, dans un contexte dont nous ignorons les contours exacts. Pour ce qui est des problèmes contemporains, la décision du jour aura au mieux une vertu correctrice, mais ne répondra qu’à la marge à la difficulté rencontrée. En revanche, la décision d’aujourd’hui modifie inexorablement le paysage et le système futur. C’est donc bien sur la notion du « demain » qu’il faut réfléchir et trouver la convergence.

Posons donc la question différemment à nos acteurs concernés par la ressource halieutique sans leur demander de trouver des solutions au problème actuel (pourtant crucial). Si nous leur proposons de réfléchir au monde dans lequel ils souhaitent voir évoluer leurs enfants, si nous leur demandons l’effort de se projeter au-delà du problème (insoluble) rencontré, il est possible que la définition d’une vision partagée du futur puisse émerger. Les décisions à prendre pour atteindre ce futur désiré auront plus de chances de trouver des ambassadeurs de bonne volonté. Les parties prenantes, violemment opposées aujourd’hui pourraient même se retrouver et réunir leur force pour convaincre le décideur publique.

Dépasser les intérêts particuliers du jour, définir une vision partagée d’un futur désiré et travailler ensemble sur les moyens à mettre en œuvre pour l’atteindre, prendre les décisions au regard de ce contexte défini comme favorable, s’engager non pas en son propre nom mais au nom des générations futures. Utopie bien sûr, mais avons-nous la possibilité de nous en passer ?

24.06.2009

De la stratégie du développement durable

penseur.jpgDirecteurs du Développement Durable, vous avez dit stratégie ?

Alexis du Fontenioux.  Juin 2009

Dans les rapports, les conférences, les interviews, nous entendons les directeurs du développement durable nous exposer leur stratégie. Nous entendons « diminution des émissions de GES », « diminution de la consommation d’énergie », « diminution des emballages », etc. Le tout emballé dans des grands principes de durabilité, d’équilibre, de respect, de responsabilité pour un « monde meilleur ». Diminuer de 25% ses émissions de gaz à effet de serre ne constitue pas une stratégie, au mieux il s’agit  d’un objectif qui s’inscrit dans un plan d’action, lui-même issu d’une stratégie. Trop souvent, les moyens sont confondus avec les objectifs, on aimerait davantage entendre parler de stratégie que de tactique !

Certes, ces objectifs sont louables et dans la plupart des cas ne peuvent pas faire de mal. Mais l’expression de ces dispositifs correspond au mieux à une adaptation des activités à une législation potentiellement contraignante et à un contexte économique exigeant plus de frugalité. On comprend mieux dès lors la difficulté de déployer le message du développement durable en interne, comment faire adhérer ses équipes à un projet si on en exprime pas l’objectif, la finalité (46 % des français pensent que leur entreprise ne fait rien ou presque pour l’environnement), comment les différents départements pourraient-ils s’approprier des enjeux et suivre un chemin si la ligne d’arrivée n’existe pas ? Audits, plan d’actions et tactiques ne font pas une stratégie.

Il s’agit pour la direction du développement durable de répondre  à la question majeure : « comment garantir la pérennité de mon entreprise et de ses activités face aux incertitudes (ou aux certitudes) pesant sur son environnement écologique, économique et social ». En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement d’analyser les impacts de son activité sur  l’environnement mais aussi (et peut être surtout) de prendre en compte l’impact de l’environnement écologique et social sur son activité. Ceci engage le directeur du développement durable dans une réflexion stratégique profonde, un exercice de projection, de prospective, pour définir « quel sera le contexte futur de mon entreprise ».

La grande idée du développement durable réside dans ce qu’on appelle communément un changement de « paradigme ». Les stratégies de développement durable résident trop souvent dans l’analyse des actions et de leurs conséquences sans prendre en compte les valeurs directrices qui définissent l’action. Hors, l’effort doit être principalement porté sur cette valeur directrice pour définir l’action. Lorsqu’un fabricant de pneumatiques de poids lourds passe de la vente de pneumatiques à de la location au kilomètre, il y a changement de modèle économique, changement de paradigme. Lorsqu’un groupe agroalimentaire attribue les primes de ses salariés en considérant au même niveau la performance économique, environnementale et sociale dans ses critères d’évaluation et déclare dans le même temps que le profit n’est plus une fin en soi, il y a changement de paradigme.  Jacques Attali pose le début d’une nouvelle réflexion pouvant mener à la redéfinition de cette valeur directrice : « considérer le profit comme une contrainte et non comme une finalité ». La stratégie du développement durable est l’occasion pour l’entreprise de repenser sur le long terme son canevas stratégique. La contrainte environnementale et sociale (l’impact de l’entreprise et l’impact sur l’entreprise) doit la pousser à innover et procéder à un « reengineering » de son modèle.

Ce qu’on attend des directions du développement durable, ce n’est pas un accompagnement de l’entreprise pour faire « moins mal », ni d’avoir pour objectif l’obtention de bonnes notes auprès d’instituts de notation. L’objectif doit être de dégager une vision stratégique, de piloter le changement. Ce qu’on attend de ces directions, c’est la capacité de se projeter dans un futur incertain, d’innover et de bousculer les habitudes, de sortir des idées reçues et de prendre le risque de créer de nouveaux espaces stratégiques, de bouleverser les valeurs directrices d’une organisation, d’ouvrir les yeux de ses collaborateurs sur un autre avenir possible, sur un « faire  autrement ». La direction du développement durable est amenée à occuper un rôle stratégique déterminant dans l’organisation à condition qu’elle sache convaincre (notamment et en premier lieu la direction générale). L’avenir reste ouvert, la fonction est exceptionnelle, il faut maintenant l’assumer !

17.06.2009

Fleurir le désert, du rêve au cauchemar

mer morte.jpgFleurir le désert, un rêve devenu cauchemar

Alexis du Fontenioux. Juin 2009.

Il a fallu l’énergie, la créativité et l’effort de plusieurs générations pour donner une réalité à un objectif herculéen en pays d’Israël : faire fleurir le désert. Un temps cet objectif suscita une certaine admiration et on vint chercher en plein Néguev ce qu’on espérait être une solution pour de nombreuses régions arides du globe. Ainsi la volonté humaine devait pouvoir réaliser l’impossible : faire fleurir le désert, transformer la nature ou plutôt en dominer ses contraintes.

eau Israel.jpgCeci passait par l’exploitation de toutes les ressources hydriques disponibles, pluies, rivières, fleuves, nappes phréatiques, eaux fossilisées. Il a fallu ensuite limiter au maximum les fuites, pertes et autres évaporations de cette eau si précieuse. Ainsi, nous pouvons voir le long des routes du désert d’étranges tuyaux sortir de terre et qui rappellent en toutes circonstances l’obsession permanente de l’or bleu. Les étranges trottoirs qui longent les routes au Nord de Tibériade couvrent des canaux transportant en toute sécurité l’eau du Jourdain jusque dans les contrées les plus reculées.

Durant un temps, la production agricole du pays dépassa toutes les espérances. Jusqu’au jour où confronté à une population en constante augmentation, population souhaitant conserver son style de vie et donc sa consommation d’eau douce, les ressources disponibles (2 milliards m3) rencontrèrent leur limite d’exploitation. On s’appliqua alors à exploiter de nouvelles « sources ». On pompa dans les eaux fossilisées et au prix d’une démesure d’énergie, on dessala l’eau de la Mer Morte. Cette mer, la plus basse du monde (-400m) continue depuis sa chute, sous l’effet conjugué de la baisse des pluviométries, des ponctions faites sur le Jourdain et du dessalement.

 Le cercle vicieux semble être bien en place, augmentation de la population, amélioration de la production agricole, augmentation du niveau de vie, augmentation de la demande  en eau, etc. A ce rythme, cette ressource ne tiendra pas plus d'une décennie, la situation est critique. On songe aujourd’hui à acheminer vers la Mer Morte l’eau de la Mer Rouge et de la Méditerranée ! Le cercle vicieux continue sa ronde…  

niveau de la mer morte.jpgLa situation de stress hydrique en Israël (et ailleurs) génère des inégalités de plus en plus flagrantes et reste porteuse de conflits pour le coup insolubles. Il semble terriblement difficile pour l’espèce humaine d’accepter une quelconque « marche arrière », d’admettre qu’un style et un niveau de vie n’est tout simplement pas tenable. Il en va de même pour nos golfeurs de Palm Spring, Marrakech et Agadir ne sortent pas du triptyque « Palais – hôtel – golf », les pelouses, piscines et casinos de Las Vegas lui font tutoyer les limites d’une catastrophe hydraulique. Il faudra bien un jour faire preuve de sagesse et admettre finalement que parfois la beauté d’un rêve se confronte au cauchemar d’une réalité.

« Sources » , Webographie.

http://www.fao.org/nr/water/

http://exact-me.org/overview/p4144.htm

http://www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/2000_2009/2000/10/...

10.06.2009

Européenne 2009. On aura tout vu!

Cohn Bendit.jpgEuropéenne 2009, leçons d’un scrutin

Alexis du Fontenioux. Juin 2009

On aura tout vu !

Une fois n’est pas coutume, le score d’une liste électorale -  Europe Ecologie - est salué par (presque) tous ses concurrents. Ainsi, Michel Barnier et Jean Louis Borloo ont pu exprimer leur satisfaction face à l’expression des préoccupations environnementales des citoyens, le PS et le Modem ont mis en avant les convergences idéologiques qui les lient au mouvement vert. Pour Jean Luc Mélenchon, ce fut l’occasion de rappeler sa proposition de « planification écologique ». Il n’y a guère que le Front National pour pester contre ce score et de dénoncer Home, le film « climatiste » (sic)* diffusé la veille du scrutin.

Bien sûr, les déclarations des politiques ne sont jamais dénuées d’arrières pensées. Bien sûr, l’UMP ne s’est pas rangée aux arguments de José Bové, mais il faut constater que le score d’Europe Ecologie est finalement bénéfique à (presque) tout le monde. Pour les mouvements de gauche, c’est l’occasion de replacer le discours environnemental de leur côté de l’échiquier politique et de souligner les dimensions sociales du développement durable. Pour la droite au pouvoir, c’est l’occasion de rappeler les efforts entrepris autour du Grenelle de l’environnement et du difficile projet « Plan Energie Climat ».

copenhague.pngEt maintenant Copenhague !

Quelle que soit sa propre opinion politique, le succès des listes « Europe Ecologie » et du groupe des verts au parlement européen est avant tout une bonne nouvelle pour l’Europe. Celle-ci amorce une fin d’année difficile avec en ligne de mire la conférence de Copenhague qui doit prendre la suite du protocole de Kyoto en matière de lutte contre les changements climatiques. Les Etats-Unis -  malgré la bonne volonté de Barack Obama - se font attendre sur le sujet, la Chine - fine négociatrice - est réticente. La crise économique rendra les compromis plus difficiles encore.

Nous l’avons dit ici, la réussite de Copenhague est tout autant, voir plus indispensable que la réussite du dernier G20 de Londres consacré à la crise financière. L’Europe, qui reste à ce jour en pointe sur ses engagements d’émissions de CO2, doit faire la preuve du soutien de ses populations et du consensus de sa classe politique à ses interlocuteurs. Le succès d’Europe Ecologie et la surprenante bienveillance générale autour de cet évènement est une petite pierre dans l’immense chantier qui nous attend.

* Soulignons ici que le film Home n’est pas un film « climatiste » mais un film environnemental, économique et social, un film sur le développement durable en quelque sorte….

05.06.2009

Au secours, la crise est finie!

cours de bourse.jpgAu secours, la crise est finie !

Alexis du Fontenioux. juin 2009

Ainsi donc, certaines voix émettent l’hypothèse d’une sortie de crise pour 2010 ! Le plus fort de la tempête serait passé, selon Emmanuel Lechypre. Les milieux financiers l’ont d’ailleurs bien relevé, malgré des destructions massives d’emplois les cours boursiers reprennent de leur vitalité. Les spéculations sur les matières premières (pétrole notamment) reprennent tranquillement leur cours et nous voyons apparaître de nouveaux produits financiers, pudiquement nommés « plateformes alternatives », versions reliftées des tristement célèbres Subprimes et autres Credits Default Swaps. La plus grande crise depuis 1929 trouverait donc une issue au bout de quelques trimestres seulement. On peut regretter cette analyse, car elle pousse à interpréter la crise actuelle comme un « accident » de parcours et non comme une crise structurelle. On en vient jusqu’à présenter General Motors comme une victime collatérale de la crise financière. Il n’en est rien, GM est bel et bien victime de ses propres choix stratégiques et d’un système à bout de souffle. Sa chute était inscrite dans une évolution environnementale et sociale que l’entreprise n’a pas su appréhender.

réfugiés climatiques.jpgLes crises sont porteuses d’espoir dit-on ! L’espoir que nous pouvions formuler réside dans une redéfinition globale des règles et des objectifs, basés sur de nouvelles stratégies de développement, de coopération, guidés par la contrainte environnementale et l’urgence sociale. L’analyse était pourtant assez largement partagée, on a même parlé de « refondation du capitalisme », l’espoir s’est alors porté sur une possible intégration des objectifs du millénaire dans les politiques publiques…

Une reprise économique trop rapide et d’un « business as usual » remettrait en cause le nécessaire effort de remise en cause. La Corée du Sud a su profiter de la crise pour développer un plan de développement essentiellement consacré à une relance verte (80% du budget), elle est bien isolée dans ce choix clairement affirmé. Se réjouir aujourd’hui d’une sortie de crise sans avoir fait le deuil du système l’ayant provoqué, c’est foncer tête baissée vers un nouveau mur plus grand et plus solide encore. Croire que la crise actuelle n’est qu’une défaillance du système financier est une erreur, les prochaines « émeutes de la faim », les prochaines tensions sur les matières premières et les futurs vagues de réfugiés climatiques sauront nous le rappeler.

25.05.2009

Les polémiques Allègre

Claude Allègre.jpgPour comprendre Claude Allègre !


Alexis du Fontenioux. Mai 2008

La rumeur s’intensifie, Claude Allègre pourrait donc rejoindre le gouvernement pour gérer la politique de recherche et d’innovation. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause les qualités d’un scientifique à l’intelligence et au courage reconnus. La question est de comprendre les raisons qui le poussent à adopter une posture contraire aux règles de bases de l’esprit scientifique qu'il chérit tant.

Le dogme est l’ennemi du scientifique, en ce sens Claude Allègre a raison d’en souligner les dangers. La controverse est nécessaire à la science qui se repose sur elle pour valider ses avancées, il a raison de la promouvoir.

Mais Lorsque Claude Allègre récuse avec mépris les travaux d’un scientifique au motif qu’il n’est pas climatologue mais glaciologue, il semble ignorer (est-ce possible ?) que la climatologie est faite de l’agrégation de disciplines ayant un rapport avec le climat (océanographes, glaciologues, géographes physiciens, hydrologues, etc.). Lorsqu’il déclare qu’il n’y a pas de réchauffement climatique au motif que « l’année 2008 est la plus froide de la décennie devant l’année 2007 » (C’est dans l’air, 15 décembre 2008), il dénigre les principes même de l’analyse scientifique, omettant volontairement de souligner qu’il s’agit de la décennie la plus chaude jamais enregistrée. Les scientifiques avant leurs interventions écrivent leurs textes, car ils savent que la précision des mots est la pierre angulaire d’une démonstration rigoureuse. Jade Lindgaard l’a démontré, Claude Allègre est hélas coutumier d’imprécisions, d’inexactitudes et autres « grosses ficelles ». Tout chercheur traitant de sujets utiles à l’analyse du climat contribue aux travaux du GIEC. Un scientifique contributeur n’est pas porteur d’un dogme, mais d’études elles mêmes soumises à la controverse. Le travail de l’organisation consiste à agréger et à synthétiser ces différents travaux par l’obtention d’un consensus, par la convergence des résultats. Si Claude Allègre mène des études sérieuses pouvant contribuer aux travaux du GIEC, il sera le bienvenu !

Alors pourquoi en est-on arriver là ? Comment un scientifique reconnu  peut-il se fourvoyer dans une posture le poussant à dénigrer les principes mêmes sa discipline, dont la rigueur et l’honnêteté intellectuelle… ? L’orgueil!

Si les observations de Claude Allègre n’étaient à l’origine pas forcément injustifiées, elles sont devenues obsolètes avec le temps et l’avancée des recherches. Mais reconnaître son erreur est difficile pour un scientifique, qui plus est à l’orgueil hypertrophié. Claude Allègre s’enferre dans un combat quitte à raconter n’importe quoi. Bien que probable futur ministre, il est finalement bien à plaindre...

19.05.2009

Un circuit de Formule 1 à Flins?

flins vrai vu dessus.jpgLe poids du symbole, le sens des mots.

« Un circuit de Formule 1 environnemental ? »

Alexis du Fontenioux. Mai 2009.

Verra ou ne verra-t-il pas le jour ? Les polémiques autour du circuit de Formule 1 de Flins font rages, la population est mobilisée, le gouvernement et la majorité sont divisés, l’activité de lobbying bat son plein.

Selon un amendement, adopté par la majorité sénatoriale, « le maintien d’un grand prix de F1 en France est un enjeu national », ni plus ni moins ! Le débat dépasse maintenant largement les enjeux. Probablement parce que le dossier est hautement symbolique, il souligne de façon transparente la préoccupation environnementale de nos politiques publiques. En d’autres termes, nous saurons si le Grenelle de l’environnement est un vœu pieu ou un principe d’action publique.

Les porteurs du projet ont compris l’obligation de présenter un programme tenant compte des préoccupations environnementales des parties prenantes, ils savent qu’il ne verra pas le jour sans une adhésion partagée. Ils ont donc intégré cette dimension, accordons leur le bénéfice du doute quant à leur sincérité... Il y a quelques années encore nous aurions assisté à un débat pitoyable sur la thématique « les écolos sont des illuminés qui empêchent tout développement » ; les comportements évoluent, c’est une bonne nouvelle. Mais ont-ils seulement compris les enjeux sous-jacents ?

Alain Prost déclare dans le JDD : « j'aimerais surtout que ce ne soit pas une posture politique, mais plutôt un discours rationnel et logique ». Prenons-le au mot. Si nous considérons les basiques d’une réflexion et d’une stratégie de développement durable, une activité de Formule 1 n’a strictement aucun sens. L’aspect économique : un circuit et un grand prix de Formule1 ne peut voir le jour ni fonctionner sans argent public. Développement du territoire, tourisme, activités et retombées économiques : Magny Cours peut témoigner de l’incertitude de ce lien … Recherche et développement : la priorité de la recherche automobile est est-elle vraiment basée sur les valeurs que véhicule la Formule 1 ? L’aspect environnemental : « Flins serait le premier circuit au monde totalement écologique » selon l’architecte du projet Jean-Michel Wilmotte. Celui-ci pourra pourtant construire tous les circuits du monde, ils ne seront jamais « écologiques » car ce n’est pas tant le circuit (4,5 Km) qui est en cause, mais l’activité même de la Formule1. Celle-ci est-elle « durable » ? Si les objectifs de la compétition automobile sont vitesse, accélération, dépassement, puissance, etc. alors cette activité est condamnée. Si en revanche, nous transformons la compétition automobile avec des objectifs de souplesse et d’agilité, d’endurance et de fiabilité, d’économie et de développement de nouvelles énergies, alors la création d’un circuit ne posera (presque) aucun problème ! Intégrer le développement durable dans la compétition automobile, c’est changer de système de valeurs, c’est inventer de nouveaux objectifs de compétition, c’est adapter cette activité à la réalité de notre monde.

solar impulse.jpgBertrand Piccard et son projet Solar Impulse réinvente l’avion, son exploit sportif et technologique vaut bien ceux d’Ayrton Senna.

Pour Chantal Jouanno, il est "hors de question de sacrifier l'environnement pour un circuit" de Formule 1. Si les mots ont un sens, les Yvelines ne verront pas de bolides débarquer entre Flins et les Mureaux.

08.05.2009

Diversité et lutte contre les discriminations

Diversité et lutte contre les discriminations

diversité.jpgPromotion de la diversité, la question du recrutement

 

Alexis du Fontenioux. Mai 2009

La législation évolue rapidement en matière d’égalité des chances et de lutte contre les discriminations. Le rapport Sabeg est encore venu souligner les difficultés à surmonter les obstacles liés à la discrimination (directe ou indirecte), l’enjeu économique et social de la diversité, les difficultés structurelles à mettre en place des systèmes de comptage-préalable à un véritable audit de la situation dans les organisations-.

On peut pourtant trouver des chemins favorisant une plus grande présence de toutes les diversités (mixité, âge, diversité culturelle et sociale, handicap, etc.). Pour cela, les acteurs du recrutement se doivent de procéder à un véritable reingenering mental pour revisiter notamment leur process.

A ce jour, le recrutement se fait sur le principe d’une définition de poste. Le recruteur cherchera le profil correspondant à 80, 100, 120% de cette fiche de poste. Il aura le choix enter trois méthodes traditionnelles de « sourcing », la candidature spontanée, l’annonce, le réseau, c’est à ce moment précis qu’interviennent les premiers facteurs discriminants. Le recrutement par réseau et par l’annonce sont les plus courants (voir tableau), ce sont pourtant les méthodes les plus défavorables à la diversité.

Le réseau parce qu’il pousse à un recrutement d’affinité, recrutement sécurisant, peu onéreux et disons le « facile ». La cooptation dans un processus de recrutement est un facteur aggravant en matière de diversité (phénomène du clone).

Le recrutement par l’annonce induit des mécanismes de discriminations souvent involontaires, l’exercice même de la rédaction de l’annonce est à hauts risques. Une définition de poste est par nature discriminante, le recruteur se projette un profil idéal. Vient ensuite la confrontation avec les candidats et force est de constater que le recruteur cherchera à minimiser les risques (c’est compréhensible) et orienter son choix vers des profils correspondant aux « habitudes » de la maison.

Si en revanche, au lieu de partir d’une définition de poste, le recruteur s’attache à la candidature spontanée, plusieurs obstacles se lèvent instantanément. Dans ce processus, on s’attache aux qualités propres du candidat, sans les confronter à un panel potentiellement discriminant. Le recruteur cherchera dans le profil les postes disponibles, potentiellement disponibles ou à créer. Le genre, l’âge ou l’origine du candidat ne paraîtra plus pertinent, puisqu'on ne cherchera pas à faire coïncider le poste avec un candidat, mais on partira du candidat pour réfléchir à un poste. Le CV anonyme dans ce cadre n’a plus lieu d’être. Enfin, en matière de handicap, partir d’une fiche de poste rend l’accessibilité au travail des handicapés presque impossible (il atteindra rarement les 80% du profil requit et les aménagements de poste nécessite un effort et un investissement parfois décourageant). En revanche si on part de la personne handicapée et de ses qualités propres, on peut imaginer et aménager le poste  permettant de l’accueillir. Partir du candidat et non du poste doit permettre de résoudre une partie des obstacles à la diversité. Cela peut aussi mettre fin à l’absurdité qui veut que le moyen le moins efficace de trouver du travail est la candidature spontanée. Celle-ci est pourtant le signe d’un intérêt et d’une motivation naturelle du candidat.

Si l’entreprise s’impose un pourcentage fixe de recrutements par candidatures spontanées, cela générerait une diversité naturelle et ce serait un bon exercice pour évaluer son potentiel d’attractivité.

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05.05.2009

H1N1, une répétition générale?

répétition générale.jpgH1N1, répétition générale !

Alexis du Fontenioux. Mai 2009

John Woods, professeur émérite, océanographe et co-auteur du premier rapport du GIEC nous confiait il y a quelques temps qu’il craignait bien davantage les pandémies que le changement climatique pour l’intégrité humaine. Le SRAS, le H5N1 et aujourd’hui la version H1N1 sont depuis passés par là.

A en croire les différentes autorités sanitaires, à moins d’une résurgence du virus en automne sous une forme plus virulente, le danger serait passé. Le temps est donc aux polémiques, en avons-nous trop fait ou pas assez ? Quoi qu’on en pense, cette alerte aura été l’occasion d’une répétition générale face à un fléau qui ne manquera pas de survenir, la pandémie. A part à Hong Kong, encore traumatisé par le SRAS, l’exercice s’est plutôt bien passé, l’équilibre entre information et action de prévention fut plutôt bien trouvé. Ce genre d’épreuve permet d’évaluer dans les faits les performances et les lacunes de nos dispositifs de veille et de prévention sanitaire. A ce titre, on aimerait avoir une explication détaillée, un bilan transparent et une synthèse des conclusions que ne manqueront pas de formuler nos autorités.

porcs.jpgUne autre réflexion est aussi à mener sur les facteurs déclenchant ces HxNx (on compte également le H3N2, le H1N2, etc.). Il est troublant de ne pouvoir en déterminer clairement l’origine. Philippe Vannier (Afssa) nous explique que cette grippe « porcine » contient un mélange de séquences génétiques détonnant de porc, de poulet et d’humain! L’actualité a braqué ses feux sur « La Gloria » située dans la vallée de Perote au Mexique, où les conditions sanitaires de l’élevage porcin sont proprement scandaleuses. On ne peut affirmer qu’il s’agit là du foyer de la pandémie, mais indépendamment des liens aujourd’hui non établis entre les conditions sanitaires et l’émergence du virus, on y retrouve toutes les conditions d’un désastre écologique et social. L’appât du gain de certaines sociétés, en l’occurrence Granjas Carrol, filiale d’une multinationale américaine largement décriée (Smithfield), des populations fragiles aisément manipulables, une absence de contrôle et un mépris total pour l’environnement. Toujours la même histoire….

générale2.jpgLa nature nous rappelle décidemment à l’ordre et nous interroge régulièrement sur notre relation à l’élevage et à l’alimentation. Si nous limitons cette « couturière » au seul traitement des conséquences sans agir sur les causes, il y a fort à parier que nous n’éviterons pas la «générale »

07.04.2009

Encore un effort!

hilareG20.jpgOn peut toujours rêver !

Alexis du Fontenioux. Avril 2009.

L’image était inouïe, surréaliste, inimaginable, les chefs d’Etats et de gouvernements des 20 pays les plus industrialisés du monde se tenant bras dessus, bras dessous, hilares ! Le problème de la régulation et des dysfonctionnements des marchés financiers seraient donc en voie d’être réglés, les chemins de la sortie de crise trouvés ! Le tout dans un climat d’unanimité tel qu’il ferait douter un altermondialiste. Sans vouloir tomber dans un cynisme trop facile, on ne peut que douter de la réalité de ce qui est avancé. Les intérêts de chaque nation sont suffisamment divergents pour comprendre qu’il s’agit plus d’une mise en scène destinée à rassurer les marchés financiers et à restaurer une confiance perdue, que d’un réel accord sur le fond et surtout sur le long terme. Cependant, il faut reconnaître qu’un pas est franchi, les Etats Unis et la Chine (principaux acteurs de ce G20), la Russie et l’Europe, l’Inde et le Brésil ont assumé l’importance d’une unanimité de circonstance.

Faisons un rêve, le rêve d’assister en décembre 2009 à un  spectacle similaire à l’issue du sommet sur le climat de Copenhague. Les sommets internationaux en la matière ont jusqu’à présent donné un goût amer de temps perdu, de demi-victoires, de demi-mesures. Les acteurs sont sortis fatigués de leurs interminables négociations, fatigue exacerbée par la mauvaise volonté évidente des différentes délégations et par la connaissance de l’urgence climatique. A Bali, les protagonistes n’avaient pas le cœur à rire. Rio, Johannesburg, Kyoto, la liste est longue et les quelques victoires obtenues semblent aujourd’hui bien dérisoire face à ce G20, où la démonstration est faite que lorsque l’on touche au portefeuille, la discussion s’ouvre. En mars 2009, dans cette même ville de Copenhague, s’est tenue une conférence préparatoire démontrant que les prévisions les plus pessimistes en matière de changements climatiques étaient d’ores et déjà dépassées. Les scientifiques ont fait leur travail et attendent maintenant la réaction politique.

hilarechouette.jpgAlors faisons ce rêve que la crise environnementale soit appréciée à sa juste valeur ; que face à l’urgence, les délégations sortent de Copenhague bras dessus, bras dessous en déclarant : « nous avons sauvé le climat », « un monde nouveau est né ». Tout comme les déclarations issues du G20 de Londres, nous n’y croirions guère mais l’essentiel serait fait : le premier acte d’une politique mondiale et coordonnée sur le climat, le premier pas. Pour que ce rêve se réalise, il faudra hisser le souci environnemental au même niveau que la préoccupation économique et sociale. Allez, encore un effort et nous pourrons tous être « hilares »!hilarezèbre.jpg

31.03.2009

Passer du comment au pourquoi. Une stratégie pour le développement durable

question!.jpgDu comment au pourquoi, une révolution cognitive !

Alexis du Fontenioux. Mars 2009

"On se gargarise tellement du terme développement durable qu'il finit par me donner la nausée ». Cette déclaration de Nicolas Hulot reflète bien le sentiment que l’on peut éprouver devant l’étalage de stratégies, de communications, de produits «développement durable ».  Ces démarches qui consistent à faire « moins mal » pour pouvoir continuer à vendre (de préférence davantage), quitte à ériger le désir en besoin, ne saurait être qualifiée de « stratégie » de développement durable. Cette approche ne répond pas à la question de choix de société et, disons le, de civilisation qui se pose à nous.

On le sait aujourd’hui, le modèle de civilisation dominant depuis la révolution industrielle et sublimé par les 30 glorieuses se traduit par une pression croissante sur les ressources, une surconsommation – particulièrement énergétique-, il est basé sur des indicateurs inadaptés (ne tenant pas compte de la destruction), il ne peut se déployer ni se généraliser au regard de la finitude desdites ressources. Nous avons appris, nous devons désormais désapprendre, nous devons reconsidérer notre apprentissage comportemental basé sur le comment pour redéfinir des valeurs directrices basées sur le pourquoi.

La stratégie du « comment » répond à un apprentissage comportemental qui guide notre raisonnement et nos actions : « j’agis, j’évalue, je corrige ». Cette pratique de l’apprentissage permet une amélioration des performances par la répétition, mais reste restreinte à un système déterminé, sans possibilité d’en sortir (le fameux paradigme !).  L’apprentissage comportemental ne pose pas la question du « pourquoi », il s’ensuit une sorte de schizophrénie devant la réalité de nos contradictions. Comment concilier croissance et environnement, concurrence et respect des individus, etc.

Si l’objectif de diminution de l’impact environnemental reste destiné pour l’entreprise à vendre toujours plus, en érigeant le désir en besoins, nous ne pourrons atteindre cette notion de développement durable.  Une véritable stratégie en la matière ne peut faire l’économie d’une réflexion basée sur le « pourquoi ».  Elle nécessite la requalification de nos valeurs directrices, une révolution cognitive. Le chemin est long et difficile car remet en cause une façon de penser, de vivre, d’agir. C’est pourtant à cela que s’attellent certains acteurs et non des moindres.

idée.jpgLorsque Joseph Stiglitz étudie les nouveaux indicateurs de développement, c’est par le prisme d’une requalification de valeurs. Lorsqu’un fleuron de l’industrie agroalimentaire français présente à ses actionnaires et investisseurs une philosophie d’action où la « création de valeur » n’en constitue plus l’axe angulaire, lorsque l’on remplace la notion de valeur ajoutée par la valeur partagée, lorsqu’un laboratoire pharmaceutique refuse par principe la distribution de dividendes, lorsque les principes de l’économie sociale et solidaire connaissent  un engouement croissant, alors on peut commencer à parler de « rupture » face aux savoirs existants : le début d’une révolution cognitive.

Intervention de Joseph Stiglitz : les limites du PIB comme indicateur de développement:

24.03.2009

Conférence d'Istanbul

Une histoire d’O

Alexis du Fontenioux. Mars 2009

En 1974, un vieil homme aux cheveux blancs nous présentait un programme nouveau : l’écologie politique. Pour illustrer son discours, René Dumont terminait son allocution en buvant un verre d’eau et déclarait « nous manquerons bientôt d’eau !». Le 22 mars 2009 se terminait le 5ème forum mondial de l’eau à Istanbul, 25 000 participants de 192 nationalités discutant de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. 1,2 milliards d’individus n’ont pas d’accès à l’eau potable et plus de 2 milliards sont privés d’assainissement. En 2030, plus de 5 milliards de personnes n'auront sans doute toujours pas accès à un système d'assainissement décent. Une demande toujours en croissance, des ressources qui diminuent. Amère reconnaissance…

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Il en va de l’eau comme du climat, les tractations internationales sont hasardeuses. Le constat, même partagé, ne suffit pas. On pensait l’administration américaine désormais plus encline à la responsabilité et à la solidarité environnementale, on apprend pourtant sa réticence à parapher un texte engageant. Encore une fois, la communauté internationale fait la preuve qu’elle est capable d’analyser un problème mais se révèle incapable de l’anticiper et de le traiter. L’eau est pourtant un problème immédiat  et si certains pays sont à l’abri du stress hydrique, aucun ne sera protégé des conséquences globales du phénomène. L’assèchement des bassins versants de l’Indus menace directement plus d’un milliard d’individus. Plus proche de nous, la ville de Marseille envoie de l'eau par bateau à la région de Barcelone ! En Ibérie, la sécheresse et la désertification avancent inexorablement, menaçant les productions agricoles et les conditions de vie ; on projette aujourd’hui des détournements massifs de fleuves pour irriguer ces terres assoiffées.  Plus encore que la faim, l’eau poussera des peuples entiers à l’exode.

Si les objectifs du millénaire (réduire de moitié le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau) sont d’ores et déjà un échec, essayons au moins de ne pas renouveler nos atermoiements « Kyotoesques » parce qu’en matière de santé, de développement, de survie tout simplement, la question de l’eau est bien plus urgente et cruciale que toutes les autres questions environnementales. Il nous a fallu 10 ans pour esquisser le début d’une dynamique sur les émissions de gaz à effet de serre, les populations en stress hydriques n’auront pas la capacité de faire preuve d’autant de patience. Comme le dirait nos agitateurs de Greenpeace : « maintenant c’est quand ?»

La Nano est sortie : alleluia!

10.03.2009

Montréal, un exemple à suivre?

protocole de montreal.jpgLes leçons de Montréal, les clefs d’un succès…imparfait

Alexis du Fontenioux – mars 2009

La couche d’ozone absorbe une grande partie des rayonnements ultraviolets, qui sont dangereux à forte dose, et donc protège la vie sur terre. Elle est extrêmement fine et de ce fait fragile, si cette couche était appliquée à la surface de la terre, elle aurait une épaisseur de 3mm ! Cette fine couche de gaz si fragile fut mise en danger par les molécules de CFC et HCFC présentes dans réfrigérants, solvants industriels, propulseurs pour aérosols, polystyrène expansé (une molécule de CFC détruisant 10 000 molécules d’ozone).

Le 16 mars 1987 était ratifié le protocole de Montréal relatif à l’appauvrissement de la couche d’ozone. Entré en vigueur en 1989, cet accord international est présenté comme un succès. Bien sûr, le problème de son appauvrissement n’est pas réglé, sa reconstitution n’est prévue que pour 2050 et au final le « trou » n’a cessé de croître. De même, la multiplication des pays concernés (190 pays signataires à ce jour) rend les procédures de contrôle et l’harmonisation plus difficiles, les caractéristiques des molécules CFC et la lenteur de décomposition dans la stratosphère des substances nocives continuent d’inquiéter et il apparaît ici ou là des dérives inquiétantes de trafics de CFC !

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Cependant, le protocole de Montréal a globalement répondu aux problématiques soulevées. Plusieurs éléments ont rendu cela possible. Le constat tout d’abord fut largement partagé et les pays engagés initialement étaient peu nombreux (46 pays signataires en 1987) ; de même, les conséquences du phénomène étant extrêmement sensibles à très court terme, la mobilisation fut naturelle ; enfin, les causes étant facilement identifiables, les solutions à appliquer furent assez évidentes (diminution puis interdiction CFC).

Si les résultats du protocole de Montréal sont perfectibles, l’attitude de la communauté internationale fut néanmoins la bonne. Quelles leçons en tirer pour l’avenir : la nécessité de partager un constat, la capacité scientifique d’en identifier les causes, les réponses radicales données par la force politique et l’existence de solutions de substitution (recherche et développement). On peut noter qu’à aucun moment les protagonistes n’ont misé sur un éventuel changement de comportement des consommateurs ; on peut supposer que si nous avions fait appel à notre conscience citoyenne, nos cuisines seraient encore pleines de CFC !

Consensus scientifique, mobilisation internationale, importance du rôle de l’Etat (protocole contraignant) et recherche et développement, telles sont les clefs du succès -même imparfait- du protocole de Montréal.

Traffic de CFC

 

Save The Planet

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