31.03.2009
Passer du comment au pourquoi. Une stratégie pour le développement durable
Du comment au pourquoi, une révolution cognitive !
Alexis du Fontenioux. Mars 2009
"On se gargarise tellement du terme développement durable qu'il finit par me donner la nausée ». Cette déclaration de Nicolas Hulot reflète bien le sentiment que l’on peut éprouver devant l’étalage de stratégies, de communications, de produits «développement durable ». Ces démarches qui consistent à faire « moins mal » pour pouvoir continuer à vendre (de préférence davantage), quitte à ériger le désir en besoin, ne saurait être qualifiée de « stratégie » de développement durable. Cette approche ne répond pas à la question de choix de société et, disons le, de civilisation qui se pose à nous.
On le sait aujourd’hui, le modèle de civilisation dominant depuis la révolution industrielle et sublimé par les 30 glorieuses se traduit par une pression croissante sur les ressources, une surconsommation – particulièrement énergétique-, il est basé sur des indicateurs inadaptés (ne tenant pas compte de la destruction), il ne peut se déployer ni se généraliser au regard de la finitude desdites ressources. Nous avons appris, nous devons désormais désapprendre, nous devons reconsidérer notre apprentissage comportemental basé sur le comment pour redéfinir des valeurs directrices basées sur le pourquoi.
La stratégie du « comment » répond à un apprentissage comportemental qui guide notre raisonnement et nos actions : « j’agis, j’évalue, je corrige ». Cette pratique de l’apprentissage permet une amélioration des performances par la répétition, mais reste restreinte à un système déterminé, sans possibilité d’en sortir (le fameux paradigme !). L’apprentissage comportemental ne pose pas la question du « pourquoi », il s’ensuit une sorte de schizophrénie devant la réalité de nos contradictions. Comment concilier croissance et environnement, concurrence et respect des individus, etc.
Si l’objectif de diminution de l’impact environnemental reste destiné pour l’entreprise à vendre toujours plus, en érigeant le désir en besoins, nous ne pourrons atteindre cette notion de développement durable. Une véritable stratégie en la matière ne peut faire l’économie d’une réflexion basée sur le « pourquoi ». Elle nécessite la requalification de nos valeurs directrices, une révolution cognitive. Le chemin est long et difficile car remet en cause une façon de penser, de vivre, d’agir. C’est pourtant à cela que s’attellent certains acteurs et non des moindres.
Lorsque Joseph Stiglitz étudie les nouveaux indicateurs de développement, c’est par le prisme d’une requalification de valeurs. Lorsqu’un fleuron de l’industrie agroalimentaire français présente à ses actionnaires et investisseurs une philosophie d’action où la « création de valeur » n’en constitue plus l’axe angulaire, lorsque l’on remplace la notion de valeur ajoutée par la valeur partagée, lorsqu’un laboratoire pharmaceutique refuse par principe la distribution de dividendes, lorsque les principes de l’économie sociale et solidaire connaissent un engouement croissant, alors on peut commencer à parler de « rupture » face aux savoirs existants : le début d’une révolution cognitive.
Intervention de Joseph Stiglitz : les limites du PIB comme indicateur de développement:
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24.03.2009
Conférence d'Istanbul
Une histoire d’O
Alexis du Fontenioux. Mars 2009
En 1974, un vieil homme aux cheveux blancs nous présentait un programme nouveau : l’écologie politique. Pour illustrer son discours, René Dumont terminait son allocution en buvant un verre d’eau et déclarait « nous manquerons bientôt d’eau !». Le 22 mars 2009 se terminait le 5ème forum mondial de l’eau à Istanbul, 25 000 participants de 192 nationalités discutant de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. 1,2 milliards d’individus n’ont pas d’accès à l’eau potable et plus de 2 milliards sont privés d’assainissement. En 2030, plus de 5 milliards de personnes n'auront sans doute toujours pas accès à un système d'assainissement décent. Une demande toujours en croissance, des ressources qui diminuent. Amère reconnaissance…

Il en va de l’eau comme du climat, les tractations internationales sont hasardeuses. Le constat, même partagé, ne suffit pas. On pensait l’administration américaine désormais plus encline à la responsabilité et à la solidarité environnementale, on apprend pourtant sa réticence à parapher un texte engageant. Encore une fois, la communauté internationale fait la preuve qu’elle est capable d’analyser un problème mais se révèle incapable de l’anticiper et de le traiter. L’eau est pourtant un problème immédiat et si certains pays sont à l’abri du stress hydrique, aucun ne sera protégé des conséquences globales du phénomène. L’assèchement des bassins versants de l’Indus menace directement plus d’un milliard d’individus. Plus proche de nous, la ville de Marseille envoie de l'eau par bateau à la région de Barcelone ! En Ibérie, la sécheresse et la désertification avancent inexorablement, menaçant les productions agricoles et les conditions de vie ; on projette aujourd’hui des détournements massifs de fleuves pour irriguer ces terres assoiffées. Plus encore que la faim, l’eau poussera des peuples entiers à l’exode.
Si les objectifs du millénaire (réduire de moitié le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau) sont d’ores et déjà un échec, essayons au moins de ne pas renouveler nos atermoiements « Kyotoesques » parce qu’en matière de santé, de développement, de survie tout simplement, la question de l’eau est bien plus urgente et cruciale que toutes les autres questions environnementales. Il nous a fallu 10 ans pour esquisser le début d’une dynamique sur les émissions de gaz à effet de serre, les populations en stress hydriques n’auront pas la capacité de faire preuve d’autant de patience. Comme le dirait nos agitateurs de Greenpeace : « maintenant c’est quand ?»
16:18 Publié dans environnement, politique/gouvernance, social / sociétal | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : conférence d'istanbul, eau, rené dumont, discours sur l'eau, migrations cimatiques
La Nano est sortie : alleluia!
16:07 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : automobile, effet de serre, greenpeace
10.03.2009
Montréal, un exemple à suivre?
Les leçons de Montréal, les clefs d’un succès…imparfait
Alexis du Fontenioux – mars 2009
La couche d’ozone absorbe une grande partie des rayonnements ultraviolets, qui sont dangereux à forte dose, et donc protège la vie sur terre. Elle est extrêmement fine et de ce fait fragile, si cette couche était appliquée à la surface de la terre, elle aurait une épaisseur de 3mm ! Cette fine couche de gaz si fragile fut mise en danger par les molécules de CFC et HCFC présentes dans réfrigérants, solvants industriels, propulseurs pour aérosols, polystyrène expansé (une molécule de CFC détruisant 10 000 molécules d’ozone).
Le 16 mars 1987 était ratifié le protocole de Montréal relatif à l’appauvrissement de la couche d’ozone. Entré en vigueur en 1989, cet accord international est présenté comme un succès. Bien sûr, le problème de son appauvrissement n’est pas réglé, sa reconstitution n’est prévue que pour 2050 et au final le « trou » n’a cessé de croître. De même, la multiplication des pays concernés (190 pays signataires à ce jour) rend les procédures de contrôle et l’harmonisation plus difficiles, les caractéristiques des molécules CFC et la lenteur de décomposition dans la stratosphère des substances nocives continuent d’inquiéter et il apparaît ici ou là des dérives inquiétantes de trafics de CFC !

Cependant, le protocole de Montréal a globalement répondu aux problématiques soulevées. Plusieurs éléments ont rendu cela possible. Le constat tout d’abord fut largement partagé et les pays engagés initialement étaient peu nombreux (46 pays signataires en 1987) ; de même, les conséquences du phénomène étant extrêmement sensibles à très court terme, la mobilisation fut naturelle ; enfin, les causes étant facilement identifiables, les solutions à appliquer furent assez évidentes (diminution puis interdiction CFC).
Si les résultats du protocole de Montréal sont perfectibles, l’attitude de la communauté internationale fut néanmoins la bonne. Quelles leçons en tirer pour l’avenir : la nécessité de partager un constat, la capacité scientifique d’en identifier les causes, les réponses radicales données par la force politique et l’existence de solutions de substitution (recherche et développement). On peut noter qu’à aucun moment les protagonistes n’ont misé sur un éventuel changement de comportement des consommateurs ; on peut supposer que si nous avions fait appel à notre conscience citoyenne, nos cuisines seraient encore pleines de CFC !
Consensus scientifique, mobilisation internationale, importance du rôle de l’Etat (protocole contraignant) et recherche et développement, telles sont les clefs du succès -même imparfait- du protocole de Montréal.
Traffic de CFC
13:25 Publié dans environnement, politique/gouvernance | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : protocole de montréal, cfc, couche d'ozone
Save The Planet

12:53 Publié dans y. Initiatives | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : wwf
03.03.2009
équité et développement durable
De l’équité au développement durable
Alexis du Fontenioux. Mars 2009
Sciences Economiques et Sociales, Ecoles des Sciences Commerciales,…. Tant de formules et de dogmes qui présentent l’activité économique et sociale par le prisme froid des mathématiques et qui poussent parfois à un certain déterminisme. Derrière les chiffres pourtant, existe une réalité humaine, faite de relations, de progrès individuels et collectifs, mais aussi de rapports de force qu’aucune équation ne saurait mettre en perspective.
C’est dans ce contexte qu’émergent les notions « d’éthique des affaires », de « moralisation du capitalisme », s’agissant finalement du retour de la dimension politique dans ce que l’on qualifie trop souvent et de façon abusive de sciences. Les récents débats autour de la rémunération des « patrons » ont porté ce sujet à son paroxysme. La question de l’équité d’une rémunération se pose finalement par ce que Jean Paul Fitoussi décrit comme « l’acceptation d’un degré (in)soutenable d’inégalités ».
A bord d’un navire en haute mer, lorsque le mousse mange à sa faim, l’équipage ne s’offusque pas de voir le capitaine disposer d’un buffet richement garni. Mais lorsque le menu vient à changer, lorsque l’équipage s’inquiète des réserves en cale, alors le régime alimentaire du capitaine est davantage observé. Dans cette situation, si le capitaine ne change pas ses habitudes, si de surcroît et pour faire bonne figure il passe du homard à la langouste en présentant cela comme un effort pour la collectivité, alors la mutinerie menace.
Quand l’entreprise s’attache à développer et à communiquer sa responsabilité sociale et environnementale, la rémunération de ses dirigeants devient un élément déterminant d’analyse des parties prenantes. Les responsables patronaux ont tort de s’inquiéter d’une intrusion politique dans leur système de rémunération, l’équité n’est pas l’égalité, c’est un degré d’acceptabilité nécessaire à la cohésion sociale, à la performance d’une organisation.
« Lorsque les inégalités sont fortes, la société ne peut se projeter dans l’avenir » (Jean Paul Fitoussi), l’équité est bien une question de développement durable.
10:22 Publié dans politique/gouvernance, social / sociétal | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éthique des affaires, rémunération, équité, cohésion sociale



