04.09.2009
La parabole du marathonien
Taxe Carbone, La parabole du marathonien
Alexis du Fontenioux. Septembre 2009
Le débat sur la taxe carbone est donc plus que jamais porté sur la place publique. D’une discussion d’experts et de politiques, les profanes se sont emparés du sujet avec tous les excès mais aussi la créativité que cela comporte.
Que le débat soit ouvert et livré aux profanes est une bonne chose. On peut juste regretter que le travail d’émergence de la controverse n’ait pas été réalisé au préalable. Bien sûr le sujet est abordé depuis longtemps, mais tant que les propositions concrètes n’étaient exposées, les questions qui fâchent étaient remises au lendemain.
En faisant appel au dieu « opinion publique », les excès en tout genre, la mauvaise gestion de la controverse et une bonne dose de démagogie semblent aujourd’hui prendre le pas.
La parabole est certes simplificatrice et à la limite du caricatural, mais elle a le mérite de la pédagogie. Appelons celle-ci « parabole du marathonien ». Si nous considérons un individu au mode de vie peu compatible avec la pratique du sport et que cet individu ait l’obligation de courir un marathon dans 6 mois, plusieurs options s’offrent à lui. Changer ses habitudes alimentaires, cesser de fumer et de boire de l’alcool, s’entrainer régulièrement. Il peut aussi ne rien faire, cela ne l’empêchera pas de faire son marathon mais au prix de souffrances bien supérieures et d’une performance pour le moins limitée. C’est dans les grandes lignes ce que nous propose la taxe carbone. Il ne s’agit pas « sauver la planète » comme on l’entend ici où là, si tel était le cas nos problèmes n’en seraient pas, il s’agit de se préparer collectivement à de nouvelles conditions de vie, de production et de consommation. On peut la refuser en bloc, cela ne changera rien aux exigences qui nous attendent (augmentation du prix de l’énergie, problématique des émissions de CO2), détourner la question de cette fiscalité vers une taxe pour les pétroliers ne répondra pas aux exigences initiales de modifications des comportements individuels, attendre la généralisation des véhicules électriques, c’est prendre à nouveaux le risque du mirage technologique pour encore reporter le problème à plus tard.
S’atteler aujourd’hui à la question de la gestion des comportements individuels, tant qu’il nous reste une marge de manœuvre pour agir et non subir, c’est anticiper un monde potentiellement violent, socialement et politiquement.
La taxe Carbone n’est que le début d’un long processus de bouleversement des valeurs, la réticence collective manifestée n’annonce rien de bon pour le reste des mesures à prendre. Nous n’en avons pas finit avec la pédagogie.
16:08 Publié dans politique/gouvernance | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : taxe carbone




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Commentaires
L'image est bonne !
Ecrit par : Aerobar | 04.09.2009
bonjour,
je ne vous connais pas du tout.
il se peut que je me trompe.
Pourtant je viens de lire votre article et il est tout simplement,pour moi, la négation de l'écologie.
l'écologie c'est l'ART DE VIVRE ENSEMBLE HARMONIEUSEMENT.
dans votre article je retrouve le raisonnement d'une ELITE qui décide pour les autres ce qui est bon pour eux avec un sentiment pour eux proche du dédain.(profanes)
c'est exactement ce que je reproche à tous ceux qui ont imposé à notre société une industrialisation et une consommation sans conscience.
vous essayez de faire croire que les controverses à la taxe carbone n'ont pas existé au préalable.
c'est absolument faux.
il y a un combat depuis des années entre 2 conceptions de l'écologie.
-une qui explique que seule l'écologie JUSTE gagnera car elle remportera l'adhésion des peuples
-une autre,celle qui pour moi confond urgence et importance,qui pense qu'il y a tellement URGENCE qu'il faut mettre en place des mesures radicales ,quite à créer des injustices.
soit on les répare ensuite avec des pansements,soit on sacrifie une partie de la population.
c'est en général la moins organisée qui trinque,c'est à dire les pauvres.
voir les cas des indiens ou des paysans Malaisien avec les agro-carburants chers aux verts.
la taxe carbone c'est l'expression de cette écologie dédaigneuse qui décide pour les autres.
NON,il ne faut pas,comme vous l'écrivez, de la pédagogie pour IMPOSER au peuple des reformes injustes.
il faut du dialogue pour élaborer ensemble un chemin juste vers plus d'harmonie.
écrit autrement ça veut dire:
Baiser les pauvres,au nom de l'écologie en leur faisant croire que c'est pour leur bien,c'est TUER en eux tout espoir d'adhésion à un modèle qui est pourtant complêtement nécéssaire tout simplement pour que nos enfants puissent vivre sur cette planête.c'est TUER l'espoir.
je crois que le changement doit commencer dans la tête de ceux qui se prétendent des ELITES.
continuez sur votre modèle et on passera du modèle actuel:
écologie=nouveau marché solvable
à
écologie=nouvelle DICTATURE des "bien" pensants
cordialement
pascal
Ecrit par : paysan bio | 10.09.2009
Cher Pascal,
Tout d'abord merci pour votre message et pour l'intérêt que je vous avez porté à cet article.
L'idée de ce post n'est pas, je vous rassure, de prétendre qu'il existerait une "elite" devant imoser de force un intérêt général. Dans le mot "profane", il n'y a dans mon esprit aucun caractère dédaigneux, il est utilisé pour illustrer le pendant du terme "expert". Je m'inclus totalement dans la notion du "profane".
L'enjeu qui nous est commun est justement de faire participer à la controverse l'ensemble des profanes pour développer une créativité sur les possibilités des différents "mondes" possibles. Les décisions prises entre "experts" et politiques sans intégrer l'expression du "profane" sont confrontées à des impasses notables (enfouissement des déchets radioactifs, OGM...)
La pédagogie (de part et d'autre) est cependant nécessaire pour garantir une coopération "experts/profanes". La question de la justice sociale est évidemment centrale dans les prises de décisions. Mon opinion personnelle concernant la taxe carbone est que dans l'ensemble des dispositifs possibles à ce jour, elle constitue sans doute l'une des moins brutales, des moins injustes et n'est que le début d'un "changement de paradigme". Je vous invite à consulter un autre post à ce sujet http://valinkeo.hautetfort.com/archive/2009/07/07/taxe-carbone-et-justice-sociale.html
Je vous rejoins tout à fait dans le besoin d'adhésion que vous soulignez.
Bien à vous
Ecrit par : l'auteur | 10.09.2009
moins injuste ?
je me demande ce qu'il vous faut.
on va piquer le pognon aux pauvres pour le redistribuer sous forme de primes (5 000 euros ,je crois) à ceux ,privillégiés qui ont la chance de pouvoir se payer des voitures électriques ou hybrides.
je pense ,en plus,qu'on reparlera rapidement de la "valeur "écologique réelle de ces produits...
vous voulez quelque chose qui aurait été juste ?
1-inclure l'électricité dans les énergies qui produisent du carbone.
2-arrêter définitivement le système qui permet aux gros consommateurs d'énergie de payer moins car ils consomment plus.ceci pour TOUTES les sources d'énergies ,décrétées écolo ou pas.
il y a dans cette logique qui est maintenue en place la négation même du principe pollueur payeur.
la fin de ce système aurait eu ,je crois,une réelle valeur pédagogique.
qu'en pensez-vous?
pascal
Ecrit par : paysan bio | 10.09.2009
"pour élaborer ensemble un chemin juste vers plus d'harmonie."
La seule fois où les hommes marchent ensemble, c'est les bataillons. Le reste relève du monde des bisounours car de toute façon on a pas résolu le fond du problème : le mensonge. Tant que possibilité de mentir il y aura, aucun dialogue sain et pérenne ne pourra jamais émerger. Tant que le mensonge sera possible, l'homme restera un loup pour l'homme.
@Alexis du Fontenioux : vous nous l'avez déjà sorti l'histoire du marathonien. rien de neuf sous le CO2 ?
Ecrit par : Atlantis | 12.09.2009
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