21.09.2009
France Telecom
Irréversible
Alexis du Fontenioux. Septembre 2009
"Il faut absolument casser ce mouvement-là", "la première urgence c'est d'arriver à contrôler et à arrêter le phénomène de contagion", "casser le mouvement de spirale infernale". Sans même aller jusqu’à la fameuse et malheureuse « mode », les mots utilisés par Didier Lombard sur les évènements dramatiques concernant son entreprise démontrent de manière ahurissante son incompréhension, son désarroi et son impuissance face à la situation qu’il affronte. Le PDG de France Telecom communiquerait t-il sur une sorte d’accident industriel ? On pourrait remplacer le mot « suicide » par «perte de parts de marché », la dialectique serait la même.
Bien sûr, Didier Lombard porte là un fardeau qui le dépasse, mais il s’agit bien du résultat d’une culture systémique où tout dans l’entreprise est mesuré au regard de critères excluant l’homme et sa sensibilité. Ces actes extrêmes sont mêmes analysés ici où là comme l’incapacité des individus de passer d’une culture « administrative » à une culture « entrepreneuriale », ne leur faisons pas cette injure.
Si ces affaires (Renault, Peugeot, France Telecom) émergent face à l’opinion publique, c’est que – fait inédit – l’évènement se produit sur le lieu de travail, comme une signature désignant le responsable : « l’entreprise m’a tué ». Par les propos dénués d’humanité de Didier Lombard, ces hommes et ces femmes, n’ont même pas le droit à une expression posthume de leur besoin de reconnaissance. Dans le cas présent, déployer des psychologues pour faire face aux « situations de faiblesses », c’est porter la responsabilité de ces drames sur les victimes sans remettre en question la question du « pourquoi ». En d’autres termes, ce n’est pas le système qui est vicié, ce sont les hommes qui sont inaptes. C’est Nivelle qu’on réhabilite.
Le groupe La Poste, qui prépare la même transition que France Telecom, doit observer ces évènements avec anxiété, du moins on l’espère. Les armées de consultants, déployant des modèles de planification stratégique vont-ils revoir leur copie ? Dans un monde où tout est jugé à l’aune de la performance, dans un monde ou l’absentéisme et les arrêts maladies sont le signe d’un défaut de management, dans un monde où la gestion du stress au travail est externalisé par des consultants et experts formateurs, dans un monde où la peur bride le dialogue et la confiance, il serait bon de rappeler qu’aucune stratégie d’entreprise, si brillante soit-elle, ne saurait réussir sans l’adhésion des individus concernés. Nos consultants qui nous confectionnent de magnifiques tableaux et autres « slides » de pilotage stratégique devraient s’en souvenir.
Nous vivons une émotion collective légitime face à ces drames. A l’heure où nos agriculteurs expriment de la même manière leur désespoir, rappelons nous que plus de 1000 fermiers indiens endettés commettent l’irréversible tous les mois.
17:05 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ressouces humaines




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