24.09.2009

Copenhague, au-delà des effets d’annonce

chiffres.gifCopenhague, des chiffres, des chiffres, des chiffres

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

15% d’énergies renouvelables pour la Chine à l’horizon 2020, 20%  de réduction d’émissions de CO2 d’ici 2020 pour le Japon, 1,3% de réduction d’émissions de gaz à effet de serre pour l’UE en 2008. Des chiffres, des chiffres, des chiffres….

Jusqu’à Copenhague, les protagonistes afficheront un certain nombre d’éléments chiffrés devant servir de base aux négociations sur le climat. Pour l’opinion publique, ces chiffres pourront être trompeurs. Il est bon de remémorer les principes de base sur lesquels s’appuient des négociations à venir.

Si la Chine atteint un mix énergétique  constitué à 15% de renouvelables, c’est une bonne nouvelle. Cependant, si dans le même temps, la consommation énergétique augmente de 100%, il est aisé de comprendre qu’on ne répondra pas au problème posé. La problématique carbone ne réside pas dans des rapports de proportion mais de volume.

De même, lorsque le Japon affiche une diminution de 20% des émissions de CO2 d’ici 2020, reste la question de l’année de référence, dans le cas présent 2005. Hors, à ce jour, les négociations sur les émissions de CO2 se réfèrent à l’année 1990.

Au niveau de l’Europe où en est-on ? Les objectifs 2012  fixés par le protocole de Kyoto semblent en voie d’être atteints et les engagements futurs semblent même être supérieurs au fameux protocole (-30%  à l’horizon 2020). Bien sûr on pourra objecter du rôle de la récession, des délocalisations industrielles et des effets pervers du « mécanisme de développement propre » dans ces résultats. De même, le périmètre est souvent confus et les données parfois contradictoires (Europe des 15, des 27?...). L’effort pour maintenir et même accentuer cette tendance n’en reste pas moins à souligner lorsque les Etats Unis et la Chine refusent toujours d’entrer dans une logique contraignante de fixation d’objectifs.

Les objectifs généraux pour contrôler, et non pas pour « stopper », une élévation des températures globales restent fixés à une diminution globale de 20% des GES à l’horizon 2020 et de 50% à l’horizon 2050 par rapport à l’année de référence 1990. Ceci  correspondant pour les pays industrialisés à une diminution de l’ordre de 80% de leur émission de gaz à effet de serre (pour 2050).  Il est bon de rappeler que la réalité des faits se situe toujours dans les limites supérieures du pire scénario.  

A l’heure où ces enjeux sont toujours plus  géopolitiques, diplomatiques et économiques, rappeler le cadre et le contexte dans lequel s’inscrivent ces chiffres, ces objectifs et ces engagements, reste essentiel à une bonne compréhension des débats.  

21.09.2009

France Telecom

carré noir.jpgIrréversible

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

 "Il faut absolument casser ce mouvement-là", "la première urgence c'est d'arriver à contrôler et à arrêter le phénomène de contagion", "casser le mouvement de spirale infernale". Sans même aller jusqu’à la fameuse et malheureuse « mode », les mots utilisés par  Didier Lombard sur les évènements dramatiques concernant  son entreprise démontrent de manière ahurissante son incompréhension, son désarroi et son impuissance face à la situation qu’il affronte.  Le PDG de France Telecom communiquerait t-il sur une sorte d’accident industriel ? On pourrait remplacer le mot « suicide » par «perte de parts de marché », la dialectique serait la même.

Bien sûr, Didier Lombard porte là un fardeau qui le dépasse, mais il s’agit bien du résultat d’une culture systémique où tout dans l’entreprise est mesuré au regard de critères excluant l’homme et sa sensibilité. Ces actes extrêmes sont mêmes analysés ici où là comme l’incapacité des individus de passer d’une culture « administrative » à une culture « entrepreneuriale », ne leur faisons pas cette injure.

Si ces affaires (Renault, Peugeot, France Telecom) émergent face à l’opinion publique, c’est que – fait inédit – l’évènement se produit sur le lieu de travail, comme une signature désignant le responsable : « l’entreprise m’a tué ». Par les propos dénués d’humanité de Didier Lombard, ces hommes et ces femmes, n’ont même pas le droit à une expression posthume de leur besoin de reconnaissance. Dans le cas présent, déployer des psychologues pour faire face aux « situations de faiblesses », c’est porter la responsabilité de ces drames sur les victimes sans remettre en question la question du « pourquoi ». En d’autres termes, ce n’est pas le système qui est vicié, ce sont les hommes qui sont inaptes. C’est Nivelle qu’on réhabilite.

Le groupe La Poste, qui prépare la même transition que France Telecom, doit observer ces évènements avec anxiété, du moins on l’espère. Les armées de consultants, déployant des modèles de planification stratégique vont-ils revoir leur copie ? Dans un monde où tout est jugé à l’aune de la performance, dans un monde ou l’absentéisme et les arrêts maladies sont le signe d’un défaut de management, dans un monde où la gestion du stress au travail est externalisé par des consultants et experts formateurs, dans un monde où la peur bride le dialogue et la confiance, il serait bon de rappeler qu’aucune stratégie d’entreprise, si brillante soit-elle, ne saurait réussir sans l’adhésion des individus concernés. Nos consultants qui nous confectionnent de magnifiques tableaux et autres « slides » de pilotage stratégique devraient s’en souvenir.

Nous vivons une émotion collective légitime face à ces drames. A l’heure où nos agriculteurs expriment de la même manière leur désespoir, rappelons nous que plus de 1000 fermiers indiens endettés commettent l’irréversible tous les mois.

08.09.2009

Il n'y en aura pas pour tout le monde!

soldes.jpgIl n’y en aura pas pour tout le monde.

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

Nous comprenons (trop) lentement l’impact de nos modes de vie sur l’environnement. Nous commençons à admettre son caractère non déployable et en sommes aux balbutiements des mesures à prendre pour réduire cet impact.

Mais nous n’envisageons pas encore suffisamment l’envers de cette situation, à savoir la compréhension des impacts de l’état de l’environnement sur nos modes de vies. Notre rapport au réchauffement climatique en est l’illustration, nous restons bloqué sur la question du « comment diminuer nos émissions de CO2 » et n’abordons que peu la problématique de « l’adaptation à un nouvel environnement ». Exemple : où trouvons-nous trace d’un débat public sur la gestion des migrations climatiques ?

L’article du Monde du 7 septembre « La Chine accroît sa mainmise sur les métaux rares » en est une autre illustration. Ainsi, la Chine finalise un plan 2010/2015 quant à la gestion des stocks de métaux rares (dysprosium, terbium, indium) qui servent entre autres à la fabrication de nos écrans plats, batteries de téléphones, de voitures… L’idée du plan Chinois est de limiter les exportations de ces matières premières et de garantir son approvisionnement hors de ses frontières, en Australie notamment.

Comment comprendre cette politique ? Georges Pichon déclare dans les colonnes du Monde, « ce n’est pas la hausse des prix sur les métaux qui intéresse la Chine, mais la maîtrise de cette filière et la fabrication sur son sol des produits tirés de ces terres rares », Bertrand d’Armagnac en conclut qu’il s’agit d’une approche plus stratégique que financière.

Traduction : les tensions physiques (la disponibilité, le stock et non les tensions financières) autour de ces matériaux remettent en cause la pérennité d’un modèle et d'un mode de vie (production/consommation) basé sur le divertissement, les télécommunications, le transport. Contrôler la matière première, c'est "garder la main" sur l'avenir.  En d’autres termes, il n’y en aura pas pour tout le monde.

04.09.2009

La parabole du marathonien

marathonien.jpgTaxe Carbone, La parabole du marathonien

Alexis du Fontenioux. Septembre 2009

Le débat sur la taxe carbone est donc plus que jamais porté sur la place publique. D’une discussion d’experts et de politiques, les profanes se sont emparés du sujet avec tous les excès mais aussi la créativité que cela comporte.

Que le débat soit ouvert et livré aux profanes est une bonne chose. On peut juste regretter que le travail d’émergence de la controverse n’ait pas été réalisé au préalable. Bien sûr le sujet est abordé depuis longtemps, mais tant que les propositions concrètes n’étaient exposées, les questions qui fâchent étaient remises au lendemain.

En faisant appel au dieu « opinion publique », les excès en tout genre, la mauvaise gestion de la controverse et une bonne dose de démagogie semblent aujourd’hui prendre le pas.

La parabole est certes simplificatrice et à la limite du caricatural, mais elle a le mérite de la pédagogie. Appelons celle-ci « parabole du marathonien ». Si nous considérons un individu au mode de vie peu compatible avec la pratique du sport et que cet individu ait l’obligation de courir un marathon dans 6 mois, plusieurs options s’offrent à lui. Changer ses habitudes alimentaires, cesser de fumer et de boire de l’alcool, s’entrainer régulièrement. Il peut aussi ne rien faire, cela ne l’empêchera pas de faire son marathon mais au prix de souffrances bien supérieures et d’une performance pour le moins limitée. C’est dans les grandes lignes ce que nous propose la taxe carbone. Il ne s’agit pas « sauver la planète » comme on l’entend ici où là, si tel était le cas nos problèmes n’en seraient pas, il s’agit de se préparer collectivement à de nouvelles conditions de vie, de production et de consommation. On peut la refuser en bloc, cela ne changera rien aux exigences qui nous attendent (augmentation du prix de l’énergie, problématique des émissions de CO2), détourner la question de cette fiscalité vers une taxe pour les pétroliers ne répondra pas aux exigences initiales de modifications des comportements individuels, attendre la généralisation des véhicules électriques, c’est prendre à nouveaux le risque du mirage technologique pour encore reporter le problème à plus tard.

S’atteler aujourd’hui à la question de la gestion des comportements individuels, tant qu’il nous reste une marge de manœuvre pour agir et non subir, c’est anticiper un monde potentiellement violent, socialement et politiquement.

La taxe Carbone n’est que le début d’un long processus de bouleversement des valeurs, la réticence collective manifestée n’annonce rien de bon pour le reste des mesures à prendre. Nous n’en avons pas finit avec la pédagogie.  

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