09.10.2009

La Chine en question

chine.jpgNégociations climatiques, l’épineuse question Chinoise

Alexis du Fontenioux. Octobre 2009  

Un Etat à l’échelle d’un continent, une société avide de progrès après des décennies de déshérance, un capitalisme d’Etat brutal et autoritaire ; au-delà des lieux communs, la difficulté de trouver des accords d’engagements climatiques avec la Chine est le fruit d’un pays pétri de contrastes.

Un grand connaisseur de ce pays  vivant depuis plus d’une décennie dans l’empire du milieu nous le confiait récemment : plus on connaît la Chine, moins on la comprend tant est grande sa complexité sociale, culturelle politique et économique. C’est pourtant l’un des acteurs clefs des négociations climatiques de Copenhague. La troisième (et bientôt deuxième) économie du monde se considère comme un « pays en voie de développement » et prend la tête des revendications du G77 composé d'économies pauvres ou émergentes, réclamant le droit au développement. En prenant à son compte ces revendications, la Chine se positionne au même niveau que ces pays, et demande que les objectifs contraignants soient assumés d’abord par les pays développés. Le G77 c’est l’Afghanistan, la Guinée, Haïti...

G77.gifLa Chine capable d’envoyer des hommes dans l’espace, doit dans le même temps gérer des campagnes dépourvues du  « progrès » contemporain. Ce pays, qui d’un coté crée des « éco quartiers » novateurs (Wuhan) est en passe de devenir le premier émetteur de gaz à effet de serre du monde et construit ses centrales thermiques au rythme effréné d’une par semaine pour  atteindre aujourd’hui plus de 10% de la consommation d’électricité mondiale. Ce pays, qui a en projet les plus grandes fermes photovoltaïques du monde se conduit par ailleurs en prédateur des ressources fossiles et autres matières premières sur tous les continents. Le Sahel  et  Manhattan, le Bengladesh et La City, les favelas au cœur de Neuilly Sur Seine, tels sont les contrastes d’un pays destiné à prendre en main une partie de notre avenir.

La Chine s’est ouverte, elle a bénéficié des « progrès » liés à cette ouverture, elle a embrassé le système capitaliste et mondialisé pour le meilleur et pour le pire. Elle doit aujourd’hui assumer le rôle nouveau qui est le sien, c'est-à-dire celui d’un acteur majeur de la « gouvernance mondiale » tant espérée. Les résultats spectaculaires de son modèle de développement basé sur un capitalisme assumé et un autoritarisme politique lui donnent des responsabilités nouvelles dont elle ne peut se soustraire. Le deuxième PIB mondial peut-il  aujourd’hui s’aligner sur les pays en voie de développement concernant les enjeux climatiques, c'est-à-dire comme un pays soumis à l’ordre mondial établi. Les problèmes d’équité et d’harmonisation sociale de la Chine sont des questions internes, l’impact de ce pays en matière d’émissions de gaz à effet de serre sont des questions qui concernent l’ensemble de la communauté internationale, la Chine ne peut pas observer ce débat au même titre qu’un autre pays en voie de développement. Même si l’engagement du gouvernement Chinois pour une croissance verte est sérieux, volontaire et ne peut être nié,  il doit s’engager sur des objectifs contraignants faute de quoi, les négociations internationales sur le climat ne pourront atteindre leurs objectifs.

Le corolaire étant que de notre côté du monde, nous cessions de considérer la Chine comme un atelier du monde corvéable à merci. Si nos acheteurs internationaux continuent à vouloir toujours plus pour toujours moins cher ; si nous, consommateurs, n’acceptons pas de payer les jouets de nos enfants, nos casquettes, portables et autres produits manufacturés à leur juste prix, alors ces exigences de réduction d’émissions de gaz à effet de serre ne trouveront que peu d’échos. Les négociations internationales sur le climat passent aussi par la réforme de L’OIT et de l’OMC.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://valinkeo.hautetfort.com/trackback/2410655

Ecrire un commentaire