10.12.2009
Mexico 2010
Copenhague et après ?
Alexis du Fontenioux. Décembre 2009
N’en déplaise aux « sceptiques », le sommet de Copenhague base ses travaux sur les hypothèses et les recommandations du GIEC. Faut-il le rappeler, le GIEC n’est pas un « laboratoire » mais un réceptacle des travaux de centaines d’entre eux et de milliers de chercheurs. Les divergences et les controverses sont inhérentes à son mode de gouvernance. On peut questionner les résultats ou les méthodologies utilisées mais l’important est de pouvoir réagir à un minimum de consensus et celui-ci est réalisé par le GIEC.
Que Copenhague soit un succès total, mitigé ou au final un sommet décevant, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que ses conclusions ne seront pas en phase avec les recommandations des différents rapports du GIEC. Selon le groupement, il faut diviser par deux les émissions mondiales du seul CO2 à échéance 2050 par rapport à l’année de référence de 1990, ce qui correspond à une réduction de 80% pour les pays riches de l’annexe I. Ces chiffres ne sont pas une fin en soi, l’objectif réel est de limiter le réchauffement climatique global à 2° par rapport à l’ère préindustrielle. Pourquoi ce chiffre de 2° ? Parce qu’au-delà, la situation climatique globale est considérée comme incontrôlable, 4° et plus et cela s'apprente au chaos.
Les efforts affichés avant accord par les états sont aujourd’hui louables, ils seront quoiqu’il arrive insuffisants sur les différentes échéances, 2020, 2030, 2050. Sauf découvertes et révélations majeures de la communauté scientifique, la dynamique du réchauffement est en route. Les protocoles à venir pourront le limiter, en aucun cas le stopper.
La contrainte n’étant pas à l’ordre du jour de Copenhague, peut-on en conclure qu’il s’agit d’un sommet pour rien ? Certains comme James Hansen le pensent et vont jusqu’à souhaiter un échec, dans une sorte de scénario du pire devant nous mettre au pied du mur.
Bien entendu, Copenhague n’est pas inutile et constitue bien au contraire une avancée significative, non pas sur le fond mais sur la forme. Quel que soit le texte final, c’est l’occasion pour les dirigeants de se parler, de mettre les problèmes sur la table et de les affronter. Si ce sommet est historique, c’est qu’il est parvenu à éviter l’esquive d’un certain nombre de responsables politique sur la question.
Les prochaines échéances de négociations internationales devront cependant voir plus large et plus profond. Les problèmes cruciaux et intimement liés de l’eau, de la faim et des réfugiés climatiques doivent être intégrés aux prochains sommets. L’absence de chefs d’état des pays industrialisés aux sommets de l’eau (Istanbul) et de la lutte contre la Faim (Rome) est révélatrice d’un manque de cohérence. Les négociations climatiques ne peuvent se limiter pas à la simple réduction des émissions de CO2 et au réchauffement global, elles doivent dans une même unité de temps et de lieu en aborder les conséquences pour anticiper les crises futures (quand elles ne sont déjà actuelles). Dès Mexico en 2010?
10:16 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : copenhague, mexico
17.11.2009
Dubitatif
Lu dans la presse :"En misant sur l'aéronautique, les Emirats arabes unis préparent l'après-pétrole". Le Monde, 17 novembre.
.... la logique est incertaine...
13:57 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
04.11.2009
Quand Dieu s'en mêle
Négociations climatiques, un siège pour Dieu ?
Alexis du Fontenioux. Le 4 novembre 2009.
Les mouvements religieux occupent une place de plus en plus prégnante dans la mobilisation autour des enjeux environnementaux et plus spécifiquement du réchauffement climatique. Jean Paul II en son temps appelait à une « conversion écologique » face à ce qu’il identifiait comme une menace de destruction. En 2006, Benoît XVI ira plus loin en qualifiant la dégradation environnementale d’ « axe du mal ». En 2008, il élève les actes relevant de l’atteinte à l’environnement au rang de péché mortel (en plus des 7 autres).
Aujourd’hui, on fait appel à toutes les bonnes volontés œcuméniques pour faire passer le message auprès de tous les croyants du monde. Ainsi, les grands leaders religieux de tous horizons (en compagnie de scientifiques, les temps changent) se sont retrouvés sur un bateau en Norvège au milieu d’icebergs pour….prier ! Depuis 1995 se développe une initiative œcuménique (l’ARC – Alliance des Religions pour la Conservation) avec pour vocation d’adresser des signaux forts d’engagements auprès des pouvoirs politiques. Cette alliance des religions se fait fort de réunir 85% des habitants de la planète et se veut un levier majeur dans l’évolution comportementale. Victoria Finaly, directrice de la communication de l’ARC ne cache pas l’ambition de son organisation : "La religion va émerger comme une force motrice majeure en faveur de l'action environnementale".
Bien entendu, le religieux est légitime pour exprimer son point de vue sur les questions relevant de notre rapport à la planète, à ce qu’il définit comme l’Esprit Créateur. La force philosophique, spirituelle, financière et foncière du religieux le place au même titre que d’autres parties prenantes dans la construction des mondes à venir.
L’ennui est ce que cela révèle de notre incapacité à nous mettre en situation de responsabilité. Quand on en vient à prier pour notre salut, la situation est en passe de glisser vers des terrains obscurs, propices à tous les excès. Lorsqu’on ne comprend plus le monde qui nous entoure, lorsqu’on perd la main sur son évolution, lorsqu’on a la sensation de perdre le contrôle d’une partie de notre avenir, on se retourne alors vers le très Haut pour obtenir des réponses. La porte du déterminisme religieux peut alors s’entrouvrir. Si les sacrifices d’antan ne sont plus à l’ordre du jour, le message est tout de même assez clair : placer la religion au cœur des réflexions relatives aux désordres que nous avons engendré. Face à notre désarroi collectif, la tentation pourrait être grande pour la religion de se poser en solution. La récupération est proche et les laïcards de tous poils peuvent frémir.
Fort de sa puissance et de son influence potentielle, L’ARC s’est placée sous la bienveillance de l’ONU. Sans vouloir fustiger au préalable l’action d’une telle organisation - qui après tout pourrait apporter une contribution intellectuelle intéressante -, sans vouloir non plus dénigrer une organisation fondée par le Prince Philip et certainement respectable, l’attention portée au rayonnement et aux messages des groupes religieux doit cependant rester vigilante. On sait les dommages que peuvent provoquer l’immiscion de l’intemporel dans une organisation sociale et politique.
Plus largement, ne pas agir en responsabilité sur les questions du « bien commun » et de l’environnement, avec le cortège de troubles sociaux sous-jacents, peut aboutir à bien d’autres dommages collatéraux et notamment au danger que constituerait l’émergence d’un nouvel obscurantisme et autres formes de fascismes. C’est aussi là l’un des enjeux des temps modernes.
10:41 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : déterminisme religieux, réchauffement climatique
29.10.2009
Oasis of the Seas
La croisière s’amuse !
La société Royal Caribbean est heureuse de vous présenter leur dernier né : «Oasis of the seas » ! Le croisiériste l’annonce fièrement, tout à bord est pensé pour le plaisir, le confort et l’émerveillement des passagers, qui seront en l’occurrence principalement nos chers seniors. Le «Oasis of the Seas » c’est un peu de démesure sur les océans.
L’aboutissement de ce rêve : il y aura à bord une patinoire…. Une patinoire pour un navire croisant dans les eaux mielleuses des Caraïbes,… une patinoire...
10:51 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : démeusure
23.10.2009
Migrations climatiques, à quand un débat public?
Hautes tensions sur les migrations
Alexis du Fontenioux. 22 octobre 2009.
50, 100, 250 millions et probablement davantage de réfugiés climatiques sur les prochaines décennies ! Cette question posée depuis maintenant quelques années ne rencontre pas le débat sociétal nécessaire pour éclairer les enjeux du phénomène et les propositions politiques correspondantes se font désespérément attendre. Sujet sensible… l’abstention est de mise.
La désertification galopante, la montée des eaux et l’assèchement de grands bassins versants aux premiers rangs desquels l’Indus, les glaciers himalayens et le milliard de personnes concernées (parmi les plus pauvres du monde) rendront dans de nombreuses régions du monde la survie impossible. Les vagues de réfugiés climatiques se développeront par cercles concentriques, amenant avec eux les troubles sociaux et parfois les conflits inhérents à toute migration massive. L’occident confortable et soi disant accueillant sera inévitablement concerné dans un délai d’une génération.
Or que constate t-on ? Les opinions publiques ne sont absolument pas préparées à un phénomène qui nécessite pourtant une pédagogie et une préparation essentielle pour éviter la résurgence de réflexes malheureux. Aucun mirador ni aucune frontière ne saurait arrêter des populations qui n’ont pour autre ambition que de survivre, sauf bien entendu à accepter la réapparition de régimes que nous souhaiterions définitivement exclus du sens de l’histoire.
Faussement spectaculaires et profondément inutiles, les opérations de Sangatte, le démantèlement de la jungle de Calais, le retour à Kaboul de cette poignée de malheureux Afghans que l’on renvoie dans un pays en guerre. Politiques, ces migrations sont pourtant gérables. Mais que feront donc nos gouvernements lorsque le pic des migrations climatiques interviendra entre 2030 et 2050 ? Quels discours tiendront-ils pour ménager les convictions arrêtées de leurs électeurs respectifs ? Il est possible de renvoyer un Afghan à Kaboul comme il est possible de nier un droit d’Asile, mais que se passe t-il lorsque le lieu d’origine du migrant ne peut tout simplement plus accueillir la vie ? Comment organiser un charter de Maldiviens si les Maldives sont submergées ? Tout est à réinventer, les procédures, l’Asile, l’accueil, le système social, la citoyenneté, etc.
Sans vouloir entrer dans des considérations éthiques ou morales (amis lecteurs, évitez les commentaires inévitables et souvent virulents sur cette question), nous voyons aujourd’hui se développer l’ADN comme un élément de réponse au traitement des migrations. Les Etats Unis, officiellement, veulent « rapprocher les familles de réfugiés originaires de l’Afrique de l’Est », Le Royaume Unis a tenté la mise en place du «Human Provenance Project », dont l’ambition (fort peu scientifique) est de déterminer l’origine géographique des migrants, la France quant à elle a tenté dans le cadre du principe de regroupement familial et avec le succès que l’on connaît son propre système de tests de filiation génétique. Ces dispositifs illustrent surtout le désarroi et l’impuissance prévisible des politiques publiques face à la perspective du phénomène de migrations climatiques.
Comment amortir et anticiper l’accueil d’une importante population de migrants qui physiquement n’auront pas la possibilité du retour? La politique de l’autruche est la pire qui soit, aucune démocratie occidentale ne pourra faire l’économie d’un débat en profondeur sur ce phénomène inédit par son ampleur. Le plus tôt sera mieux.
19:18 Publié dans billets d'humeurs, politique/gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : migrations cimatiques, réchauffement climatique
21.09.2009
France Telecom
Irréversible
Alexis du Fontenioux. Septembre 2009
"Il faut absolument casser ce mouvement-là", "la première urgence c'est d'arriver à contrôler et à arrêter le phénomène de contagion", "casser le mouvement de spirale infernale". Sans même aller jusqu’à la fameuse et malheureuse « mode », les mots utilisés par Didier Lombard sur les évènements dramatiques concernant son entreprise démontrent de manière ahurissante son incompréhension, son désarroi et son impuissance face à la situation qu’il affronte. Le PDG de France Telecom communiquerait t-il sur une sorte d’accident industriel ? On pourrait remplacer le mot « suicide » par «perte de parts de marché », la dialectique serait la même.
Bien sûr, Didier Lombard porte là un fardeau qui le dépasse, mais il s’agit bien du résultat d’une culture systémique où tout dans l’entreprise est mesuré au regard de critères excluant l’homme et sa sensibilité. Ces actes extrêmes sont mêmes analysés ici où là comme l’incapacité des individus de passer d’une culture « administrative » à une culture « entrepreneuriale », ne leur faisons pas cette injure.
Si ces affaires (Renault, Peugeot, France Telecom) émergent face à l’opinion publique, c’est que – fait inédit – l’évènement se produit sur le lieu de travail, comme une signature désignant le responsable : « l’entreprise m’a tué ». Par les propos dénués d’humanité de Didier Lombard, ces hommes et ces femmes, n’ont même pas le droit à une expression posthume de leur besoin de reconnaissance. Dans le cas présent, déployer des psychologues pour faire face aux « situations de faiblesses », c’est porter la responsabilité de ces drames sur les victimes sans remettre en question la question du « pourquoi ». En d’autres termes, ce n’est pas le système qui est vicié, ce sont les hommes qui sont inaptes. C’est Nivelle qu’on réhabilite.
Le groupe La Poste, qui prépare la même transition que France Telecom, doit observer ces évènements avec anxiété, du moins on l’espère. Les armées de consultants, déployant des modèles de planification stratégique vont-ils revoir leur copie ? Dans un monde où tout est jugé à l’aune de la performance, dans un monde ou l’absentéisme et les arrêts maladies sont le signe d’un défaut de management, dans un monde où la gestion du stress au travail est externalisé par des consultants et experts formateurs, dans un monde où la peur bride le dialogue et la confiance, il serait bon de rappeler qu’aucune stratégie d’entreprise, si brillante soit-elle, ne saurait réussir sans l’adhésion des individus concernés. Nos consultants qui nous confectionnent de magnifiques tableaux et autres « slides » de pilotage stratégique devraient s’en souvenir.
Nous vivons une émotion collective légitime face à ces drames. A l’heure où nos agriculteurs expriment de la même manière leur désespoir, rappelons nous que plus de 1000 fermiers indiens endettés commettent l’irréversible tous les mois.
17:05 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ressouces humaines
26.08.2009
Ils nous ont tant fait rire
Florilège de l'été 2009. Ils nous ont tant fait rire !
Alexis du Fontenioux. Août 2009
L’été 2009 nous a relativement épargné des hélas traditionnelles catastrophes ou incidents majeurs (guerres, attentas, crises politiques internationales, etc.). Croisons les doigts. Il ne nous a cependant pas fait l’économie de postures, prises de positions et déclarations pour le moins incongrues. Petit florilège de l’été 2009 :
En août, La Food Standards Agency révèle par les résultats d’une « étude » qu’il n’y aurait aucun bénéfice pour la santé à consommer des produits alimentaires bio en comparaison avec les produits dit « conventionnels ». On apprend cependant que les pesticides, herbicides, fongicides, insecticides et leurs impacts ne rentraient pas dans le champ de ladite étude. De l’intérêt d’une étude sur le bio…
De même, on pouvait découvrir une déclaration surprenante du directeur général de General Motors. En substance : « Le phénomène de la voiture verte n’existe que dans les médias, les consommateurs préféreront les véhicules traditionnels tant que le carburant restera abordable ». De la responsabilité de nos décideurs…
Pour finir, Claude Allègre nous a gratifié d’une nouvelle déclaration savoureuse : « stopper toute émission de CO2 par la France ne modifiera la température moyenne du globe que d’1 centième de degrés dans 100 ans ». Pour quelqu’un qui affirmait l’impossibilité de dégager des prévisions de changements climatiques globaux de l’ordre de deux ou trois degrés sur un siècle, le voilà qui modélise des changements de l’ordre de 1/100 de degrés sur la même période ! Allez comprendre…
Carlos Ghosn dans les colonnes du Figaro."Le pire de la crise (du secteur automobile) est passé. Je suis confiant, car si nous sommes encore dans une situation de déprime économique, la crise financière est clairement derrière nous, avec une régularisation des circuits financiers et une normalisation des activités bancaires. Nous pouvons emprunter à des taux plus favorables, l'investissement repart, les valeurs boursières remontent". Nous voilà rassurés, la crise du secteur automobile repose donc sur des considérations financières!
Même s’il est un peu jaune, le rire fait toujours autant de bien.
Bonne rentrée à tous
14:04 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : agriculture bio, rse, climat, émission de co2, claude allègre
15.07.2009
compte rendu de séance

Compte rendu de séance
Alexis du Fontenioux. Juillet 2009.
La motion de censure déposée par le groupe Socialiste, radical, citoyen et divers gauche (SRC) contre la politique du gouvernement a donné lieu le mercredi 8 juillet à une intervention inhabituelle, passée relativement et injustement inaperçue, qu’il convient de rappeler et de faire connaître.
Après quelques passes d’armes sans grand intérêt entre majorité et opposition - spectacle à nous faire désespérer du débat politique - Yves Cochet est monté à la tribune et a placé son intervention sur un tout autre sujet.
Il nous a fourni une analyse circonstanciée de sa vision de la crise systémique actuelle. Il s’est attaché à reconstituer les évènements, causes et conséquences, qui selon lui ont abouti au constat d’une impasse économique et financière.
En substance, les conclusions de son argumentation consistent à démontrer que « la crise actuelle est [] d’abord et avant tout une crise du sous-sol, une crise des énergies fossiles et des matières premières. C’est l’économie matérielle qui est à l’origine de la crise financière et non l’inverse ». Il a rappelé le poids historique du pétrole dans nos crises successives en soulignant les 500% d’augmentation des cours entre 2002 et 2008.
L’explication qu’il donne de l’enchaînement qui conduit à la crise systémique se résume de la façon suivante, une histoire de dominos. Le premier : hausse des cours du baril et des prix des produits pétroliers ; le second: la crise immobilière entrainant la crise des remboursements des crédits hypothécaires et les difficultés des industries automobiles et des compagnies aériennes, victimes collatérales. Puis c’est l’engrenage : affaissement du marché des produits dérivés sur le marché pétrolier, diminution de la demande mondiale de pétrole, laquelle diminution provoque la baisse des prix du pétrole et la réduction de la production.
Par la suite, Il expose les difficultés à venir - symbolisées par les « vagues scélérates » décrites par le LEAP - le poids des factures énergétiques, l’impact de la dette publiques et la faillite potentielle de certains pays dits « avancés ». En bref, Yves Cochet souligne qu’en interprétant mal l’origine de la crise, nous ne pouvons trouver les moyens de la traiter. Sortie de crise en 2010 : chiche ?

Pour finir, si dans le cadre de son discours Yves Cochet ne propose pas de solutions et de propositions d’actions concrètes, il a pour autant rempli le rôle politique qui est le sien : analyser, prévoir, alerter, mettre en perspective, sans tomber à aucun moment dans les polémiques inutiles qui peu à peu usent notre capacité de réfléchir et d’agir. Tant sur le fond que sur la forme, il a tenu un langage que peu de personnes peuvent ou savent porter au sein de l’hémicycle.
Alors pour votre intervention du mercredi 8 juillet 2009, merci Monsieur Cochet.
15:04 Publié dans billets d'humeurs, Les bonnes nouvelles, politique/gouvernance | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : yves cocet, leap, crise économique et financière, politique, assemblée nationale
24.06.2009
De la stratégie du développement durable
Directeurs du Développement Durable, vous avez dit stratégie ?
Alexis du Fontenioux. Juin 2009
Dans les rapports, les conférences, les interviews, nous entendons les directeurs du développement durable nous exposer leur stratégie. Nous entendons « diminution des émissions de GES », « diminution de la consommation d’énergie », « diminution des emballages », etc. Le tout emballé dans des grands principes de durabilité, d’équilibre, de respect, de responsabilité pour un « monde meilleur ». Diminuer de 25% ses émissions de gaz à effet de serre ne constitue pas une stratégie, au mieux il s’agit d’un objectif qui s’inscrit dans un plan d’action, lui-même issu d’une stratégie. Trop souvent, les moyens sont confondus avec les objectifs, on aimerait davantage entendre parler de stratégie que de tactique !
Certes, ces objectifs sont louables et dans la plupart des cas ne peuvent pas faire de mal. Mais l’expression de ces dispositifs correspond au mieux à une adaptation des activités à une législation potentiellement contraignante et à un contexte économique exigeant plus de frugalité. On comprend mieux dès lors la difficulté de déployer le message du développement durable en interne, comment faire adhérer ses équipes à un projet si on en exprime pas l’objectif, la finalité (46 % des français pensent que leur entreprise ne fait rien ou presque pour l’environnement), comment les différents départements pourraient-ils s’approprier des enjeux et suivre un chemin si la ligne d’arrivée n’existe pas ? Audits, plan d’actions et tactiques ne font pas une stratégie.
Il s’agit pour la direction du développement durable de répondre à la question majeure : « comment garantir la pérennité de mon entreprise et de ses activités face aux incertitudes (ou aux certitudes) pesant sur son environnement écologique, économique et social ». En d’autres termes, il ne s’agit pas seulement d’analyser les impacts de son activité sur l’environnement mais aussi (et peut être surtout) de prendre en compte l’impact de l’environnement écologique et social sur son activité. Ceci engage le directeur du développement durable dans une réflexion stratégique profonde, un exercice de projection, de prospective, pour définir « quel sera le contexte futur de mon entreprise ».
La grande idée du développement durable réside dans ce qu’on appelle communément un changement de « paradigme ». Les stratégies de développement durable résident trop souvent dans l’analyse des actions et de leurs conséquences sans prendre en compte les valeurs directrices qui définissent l’action. Hors, l’effort doit être principalement porté sur cette valeur directrice pour définir l’action. Lorsqu’un fabricant de pneumatiques de poids lourds passe de la vente de pneumatiques à de la location au kilomètre, il y a changement de modèle économique, changement de paradigme. Lorsqu’un groupe agroalimentaire attribue les primes de ses salariés en considérant au même niveau la performance économique, environnementale et sociale dans ses critères d’évaluation et déclare dans le même temps que le profit n’est plus une fin en soi, il y a changement de paradigme. Jacques Attali pose le début d’une nouvelle réflexion pouvant mener à la redéfinition de cette valeur directrice : « considérer le profit comme une contrainte et non comme une finalité ». La stratégie du développement durable est l’occasion pour l’entreprise de repenser sur le long terme son canevas stratégique. La contrainte environnementale et sociale (l’impact de l’entreprise et l’impact sur l’entreprise) doit la pousser à innover et procéder à un « reengineering » de son modèle.
Ce qu’on attend des directions du développement durable, ce n’est pas un accompagnement de l’entreprise pour faire « moins mal », ni d’avoir pour objectif l’obtention de bonnes notes auprès d’instituts de notation. L’objectif doit être de dégager une vision stratégique, de piloter le changement. Ce qu’on attend de ces directions, c’est la capacité de se projeter dans un futur incertain, d’innover et de bousculer les habitudes, de sortir des idées reçues et de prendre le risque de créer de nouveaux espaces stratégiques, de bouleverser les valeurs directrices d’une organisation, d’ouvrir les yeux de ses collaborateurs sur un autre avenir possible, sur un « faire autrement ». La direction du développement durable est amenée à occuper un rôle stratégique déterminant dans l’organisation à condition qu’elle sache convaincre (notamment et en premier lieu la direction générale). L’avenir reste ouvert, la fonction est exceptionnelle, il faut maintenant l’assumer !
07:59 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : stratégie dveloppement durable, direction du développement durable, espaces stratégiques
17.06.2009
Fleurir le désert, du rêve au cauchemar
Fleurir le désert, un rêve devenu cauchemar
Alexis du Fontenioux. Juin 2009.
Il a fallu l’énergie, la créativité et l’effort de plusieurs générations pour donner une réalité à un objectif herculéen en pays d’Israël : faire fleurir le désert. Un temps cet objectif suscita une certaine admiration et on vint chercher en plein Néguev ce qu’on espérait être une solution pour de nombreuses régions arides du globe. Ainsi la volonté humaine devait pouvoir réaliser l’impossible : faire fleurir le désert, transformer la nature ou plutôt en dominer ses contraintes.
Ceci passait par l’exploitation de toutes les ressources hydriques disponibles, pluies, rivières, fleuves, nappes phréatiques, eaux fossilisées. Il a fallu ensuite limiter au maximum les fuites, pertes et autres évaporations de cette eau si précieuse. Ainsi, nous pouvons voir le long des routes du désert d’étranges tuyaux sortir de terre et qui rappellent en toutes circonstances l’obsession permanente de l’or bleu. Les étranges trottoirs qui longent les routes au Nord de Tibériade couvrent des canaux transportant en toute sécurité l’eau du Jourdain jusque dans les contrées les plus reculées.
Durant un temps, la production agricole du pays dépassa toutes les espérances. Jusqu’au jour où confronté à une population en constante augmentation, population souhaitant conserver son style de vie et donc sa consommation d’eau douce, les ressources disponibles (2 milliards m3) rencontrèrent leur limite d’exploitation. On s’appliqua alors à exploiter de nouvelles « sources ». On pompa dans les eaux fossilisées et au prix d’une démesure d’énergie, on dessala l’eau de la Mer Morte. Cette mer, la plus basse du monde (-400m) continue depuis sa chute, sous l’effet conjugué de la baisse des pluviométries, des ponctions faites sur le Jourdain et du dessalement.
Le cercle vicieux semble être bien en place, augmentation de la population, amélioration de la production agricole, augmentation du niveau de vie, augmentation de la demande en eau, etc. A ce rythme, cette ressource ne tiendra pas plus d'une décennie, la situation est critique. On songe aujourd’hui à acheminer vers la Mer Morte l’eau de la Mer Rouge et de la Méditerranée ! Le cercle vicieux continue sa ronde…
La situation de stress hydrique en Israël (et ailleurs) génère des inégalités de plus en plus flagrantes et reste porteuse de conflits pour le coup insolubles. Il semble terriblement difficile pour l’espèce humaine d’accepter une quelconque « marche arrière », d’admettre qu’un style et un niveau de vie n’est tout simplement pas tenable. Il en va de même pour nos golfeurs de Palm Spring, Marrakech et Agadir ne sortent pas du triptyque « Palais – hôtel – golf », les pelouses, piscines et casinos de Las Vegas lui font tutoyer les limites d’une catastrophe hydraulique. Il faudra bien un jour faire preuve de sagesse et admettre finalement que parfois la beauté d’un rêve se confronte au cauchemar d’une réalité.
« Sources » , Webographie.
http://exact-me.org/overview/p4144.htm
http://www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/2000_2009/2000/10/...
09:28 Publié dans billets d'humeurs, environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : stress hydrique, eau, niveau de la mer



