15.10.2009

Sale temps pour l'atome

nucléaire.jpgSale temps pour l'Atome

Alexis du Fontenioux. 20 octobre 2009.

Régulièrement, l'industrie nucléaire sort de son confinement pour venir nous rappeler que les problèmes inhérents à l'activité sont toujours des sujets brûlants. A ce titre, ces dernières semaines ont été assez riches en matière de révélations, enquêtes et autres incidents. Les porte-paroles d'EDF et d'Areva n'ont pas du chômer !

Tout d'abord, le documentaire réalisé par Laure Noualhat et Eric Guéret (Déchets, le cauchemar du nucléaire) traite de la difficile question des déchets nucléaires sous un jour nouveau. Pour le profane, ces enquêtes ont le mérite de faire découvrir certains aspects obscurs de l'activité et de permettre un meilleur décryptage des discours officiels. Ainsi, on apprend avec une certaine stupéfaction que l'industrie nucléaire française ne dispose pas elle-même de la technologie nécessaire pour recycler « effectivement » ses matériaux radioactifs et est obligée d'en abandonner une bonne partie en cours de route. Incompétence irresponsable lorsqu'il ne s'agit que d'un choix d'investissements. L'effectivité du recyclage des matières radioactives permet aussi de nuancer sérieusement les amalgames régulièrement réalisés entre renouvelabilité, recyclabilité et recyclage : « Il faut parler, du nucléaire comme de toutes les autres énergies renouvelables » N. Sarkozy25/07/2007. De même, le discours relatif à la « sécurité et à l'indépendance énergétique » est mis à mal, lorsque cette même sécurité et indépendance est directement menacée en amont et an aval de la filière.

Moins médiatisée mais tout aussi instructive, l'enquête menée par la même Laure Noualhat pour le magazine Terra Eco. Ici, la question se pose autour du  management et des ressources humaines. On y apprend que les compétences nécessaires au fonctionnement de l'industrie nucléaire sont désormais une ressource rare en quantité comme en qualité. On savait Areva en permanente campagne de recrutement, on comprend mieux les enjeux lorsque le système éducatif français fourni 300 ingénieurs spécialistes du secteur par an alors que les besoins annuels se situent autour de 1200 emplois ! Lorsqu'Areva positionne la diversité comme une richesse pour l'entreprise, la réalité résonne plus comme un appel : « venez travailler chez nous, sinon qui fera tourner la machine ? ».

escadrille.jpgEnfin, « les emmerdes volant en escadrilles » (Jacques Chirac),  surgissent des incidents pour le moins inquiétants. A Cadarache, on oublie 30 kg de plutonium, en Italie l' « éco-mafia » coule des cargos chargés de déchets radioactifs.... Sale temps pour l'atome.

L'industrie nucléaire est comme toutes les industries, elle ne peut survivre que si elle se place dans une logique d'investissements et de développements permanents. Les problèmes rencontrés aujourd'hui, loin d'être solubles sont donc destinés à se multiplier et à s'amplifier. Aujourd'hui, la question n'est pas d'être pour ou contre le nucléaire. La question est de savoir quand et comment en sortir. Les acteurs (EDF, Areva), au lieu de se projeter dans une permanente fuite en avant doivent prendre toute leur part à ce débat et s'inscrire eux aussi dans la « sortie du nucléaire ».

09.07.2009

Taxe carbone et justice sociale

CO2.jpgTaxe carbone et justice sociale

Alexis du Fontenioux. Juillet 2009

Le débat sur la taxe carbone est donc lancé. Le mérite en revient incontestablement à Nicolas Hulot et à ses complices qui ont su porter un sujet dont les principes ont été testés dans d’autres pays (Suède et Danemark notamment).

Le débat est posé et déjà les gens s’inquiètent. Les discussions s’articulent aujourd’hui autour de l’acceptabilité sociale d’une mesure perçue comme une pression fiscale supplémentaire. « Le pari écologique ne peut se gagner en pénalisant les familles les plus modestes » selon Daniel Ruiz. L’association UFC-Que choisir n’en démord pas et  s’oppose « fermement aux projets de taxe carbone qui vise à accroître le prix du carburant pour essayer de diminuer la consommation».

« Nous devons lutter pour respecter les 450 ppm, mais [] nous devrions nous préparer au fait que les 550 ppm seront vraisemblablement atteints. La cible des 450 ppm est incroyablement difficile à atteindre », selon Bob Watson. La concentration de CO2 dans la basse atmosphère doit être gérée, contrôlée et diminuée dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Nous parlons d’un volume d’émissions et d’un niveau de concentration de CO2 que nous ne devrions pas dépasser. Ainsi, Il en va des émissions de CO2 comme de la gestion des matières premières, c’est un stock comme un autre.  

Hors, il n’y a que deux leviers pour gérer un stock de ressources finies : les prix ou les quotas. Chacune de ces options a ses vices et ses vertus, la gestion par les prix est injuste socialement, la gestion par les quotas est liberticide. Nous employons un « mix » de ces deux leviers : les quotas par l’intermédiaire des PNAQ (Plan National d’ Affectation des Quotas) et aujourd’hui par les prix via la taxe carbone. Si le signal prix a démontré son efficacité (bonus écologique), au final  les foyers aux revenus les plus modestes se trouveront inévitablement pénalisés pour se déplacer, pour se chauffer, et ce malgré tous les « chèques verts » à l’étude.

rationnement.jpgPlus généralement, la gestion par les prix, c'est-à-dire le marché, de l’ensemble des ressources et des stocks de matières premières est aujourd’hui globalement la règle et les injustices sociales sont d’autant plus douloureuses dans les pays les plus pauvres où les besoins en énergie et en produits alimentaires est une question de survie. La taxe carbone nous permet de donner une réalité à plus petite échelle de ce phénomène.  A l’inverse, un système de gestion de stocks « juste » socialement s’orienterait vers un système de quotas, un retour aux tickets de rationnement en quelque sorte. Si nous refusons l’idée d’une augmentation des prix, sommes davantage prêts à cette seconde option ?

Le développement durable est créateur d’emplois, de nouvelles sources de croissance, de nouvelles perspectives de marchés ; certes. Mais le respect de l’environnement a cependant un coût. Que celui-ci se traduise en termes financiers (les prix) ou en termes de contraintes et de libertés individuelles (les quotas), c’est une réalité qu’il faudra aborder, ce sont des arbitrages qu’il faudra porter en connaissance de cause.

05.06.2009

Au secours, la crise est finie!

cours de bourse.jpgAu secours, la crise est finie !

Alexis du Fontenioux. juin 2009

Ainsi donc, certaines voix émettent l’hypothèse d’une sortie de crise pour 2010 ! Le plus fort de la tempête serait passé, selon Emmanuel Lechypre. Les milieux financiers l’ont d’ailleurs bien relevé, malgré des destructions massives d’emplois les cours boursiers reprennent de leur vitalité. Les spéculations sur les matières premières (pétrole notamment) reprennent tranquillement leur cours et nous voyons apparaître de nouveaux produits financiers, pudiquement nommés « plateformes alternatives », versions reliftées des tristement célèbres Subprimes et autres Credits Default Swaps. La plus grande crise depuis 1929 trouverait donc une issue au bout de quelques trimestres seulement. On peut regretter cette analyse, car elle pousse à interpréter la crise actuelle comme un « accident » de parcours et non comme une crise structurelle. On en vient jusqu’à présenter General Motors comme une victime collatérale de la crise financière. Il n’en est rien, GM est bel et bien victime de ses propres choix stratégiques et d’un système à bout de souffle. Sa chute était inscrite dans une évolution environnementale et sociale que l’entreprise n’a pas su appréhender.

réfugiés climatiques.jpgLes crises sont porteuses d’espoir dit-on ! L’espoir que nous pouvions formuler réside dans une redéfinition globale des règles et des objectifs, basés sur de nouvelles stratégies de développement, de coopération, guidés par la contrainte environnementale et l’urgence sociale. L’analyse était pourtant assez largement partagée, on a même parlé de « refondation du capitalisme », l’espoir s’est alors porté sur une possible intégration des objectifs du millénaire dans les politiques publiques…

Une reprise économique trop rapide et d’un « business as usual » remettrait en cause le nécessaire effort de remise en cause. La Corée du Sud a su profiter de la crise pour développer un plan de développement essentiellement consacré à une relance verte (80% du budget), elle est bien isolée dans ce choix clairement affirmé. Se réjouir aujourd’hui d’une sortie de crise sans avoir fait le deuil du système l’ayant provoqué, c’est foncer tête baissée vers un nouveau mur plus grand et plus solide encore. Croire que la crise actuelle n’est qu’une défaillance du système financier est une erreur, les prochaines « émeutes de la faim », les prochaines tensions sur les matières premières et les futurs vagues de réfugiés climatiques sauront nous le rappeler.

10.12.2008

Nouveaux problèmes, veilles solutions

spéciale crise.jpgNouveaux problèmes, veilles solutions.

Alexis du Fontenioux. Décembre 2008

Les débats franco-français autour de la gestion de la crise (relance par la consommation, l'investissement, interdiction administrative de licenciements...) rappellent les vielles querelles entre néo-marxisme (la crise est congénitale à l'idéologie libérale) et libéralisme (vertu de la destruction créatrice, cycles longs...).

Chacun s'accorde à penser que notre crise est l'occasion de repenser un système, pourtant devant notre impuissance à imaginer, nous cédons à la facilité et ressortons nos veilles recettes. Les relances inédites et astronomiques en sont l'illustration. 1 000 milliards de $ pour les Etats-Unis, de 600 à 700 milliards de $ pour la Chine ! En comparaison, les relances européennes font figure d'argent de poche. Nos experts expliquent la crise en partie par le fait que nous vivons au-dessus de nos moyens (endettement), les relances actuelles démontrent que nous ne sommes pas prêts à une cure d'amaigrissement.

Ces relances, cette volonté de créer de la croissance coûte que coûte, (avec les dents dirait note président), vont relancer une course à l'énergie démesurée, les pressions sur les ressources vont s'accentuer, les consommations de matières premières vont exploser (les cimentiers voient d'ailleurs leurs valeurs boursières s'envoler). Andrew Oswald le démontrait, « une nouvelle croissance ne peut se perpétuer à l'échelle mondiale sans engendrer de nouveaux chocs pétroliers ». Aujourd'hui, nous pourrions ajouter « chocs environnementaux ». La croissance de nos modèles implique de facto une augmentation de la demande d'énergie. Cette demande excessive d'énergie engendre inévitablement les déséquilibres dénoncés depuis le rapport Brundtland en 1987. En gros, la satisfaction de nos besoins actuels restent définitivement plus importante que celle se nos descendants. Cette relance mondiale engendrera plus de pressions environnementales, plus de déséquilibres et d'inégalités mondiales (André Lebeau). En d'autres termes, si nous suivons cette obsession de la croissance selon notre perception actuelle du développement, les conséquences seront l'inverse de celles souhaitées et nous continuerons à vivre démesurément au-dessus de nos moyens en termes de ressources.

La première étape d'une reconstruction réside dans les solutions de substitutions (principalement énergétiques), dans les nouvelles gouvernances (la fameuse organisation du vaisseau de Marcel Boiteux). Hors nous n'en prenons pas le chemin, les dévaluations monétaires chinoises, les relances américaines et les difficultés rencontrées aux conférences internationales sur le climat (Bali, Poznan et le plan climat européen) laissent à penser que nous nous orientons vers un chacun pour soi potentiellement fatal.

Si les mutations ne se font pas sans crises, les crises n'engendrent pas forcément de mutations. Espérons que nos difficultés actuelles ne génèrent pas de conservatisme.

23.10.2008

Réelle ou virutelle la crise? du pétrole aux subprimes

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Alexis du Fontenioux. 23.10.2008

La crise financière est une crise du crédit et de la régulation. Par la répétition, ce postulat est entré de force dans notre compréhension des évènements. Certes, les agissements des acteurs financiers et le développement de produits opaques et « toxiques » ont précipité la crise, mais n’y a-t-il pas des causes plus structurelles aux désordres actuels ?

Que signifie une crise du crédit ? Nos sociétés (surtout américaine) ont vécu durant une dizaine d’années au dessus de leurs moyens. Le plan d’Alan Greenspan fonctionnait tant que la croissance était présente et perçue comme illimitée. Ainsi, toute une société américaine a pu accéder à son rêve de propriétaire sans avoir les moyens. Mais à force de la soutenir, une croissance devient artificielle, et le moindre grain de sable enraye la machine. Ce grain de sable ne réside t-il tout autant dans le coût de l’énergie que dans la dérégulation et l’avidité des spéculateurs ?

Les alertes de l’année 2008 n’ont pas été entendues. Lorsque le baril a dépassé les 100$ ; l’économie américaine a commencé à s’enrhumer et les premiers symptômes de la crise des subprimes sont apparus. A 140$ elle s’est grippée, aucune prévision économique n’avait misé sur une telle évolution. L’économie américaine vivait au dessus de ses moyens au regard de sa dépendance à l’or noir, le prix de l’énergie en a déstabilisé les fondamentaux et a révélé les failles du système. C'est bien l'économie réelle qui a révélé les dysfonctionnements de l'économie virutelle. Les foyers américains, endettés, en ont payé le prix. La croissance ne peut être illimitée lorsqu’elle repose sur une ressource par nature limitée.

L’administration américaine déclarait il y a encore peu de temps son mode de vie non négociable, la voilà contrainte de négocier !

Lorsque le cours du baril s’est envolé, les membres de l’OPEP, inquiets, ont tenté d’en limiter la hausse. Ils tentent aujourd’hui avec le même insuccès d’en limiter la baisse. Le prix actuel du baril (60/70$) est le plus mauvais qu’il soit. Trop cher pour relancer des économies basées sur l’énergie fossile, pas assez cher pour inciter les investissements nécessaires au développement des énergies renouvelables, les réticences européennes à adopter le plan climat 20/20/20 en est une illustration.

Structurellement, le prix du pétrole ne peut qu’augmenter, il reste tout à fait probable qu’il atteigne à court terme des niveaux inédits (on parle régulièrement de 200$ le baril). Nos économies sont pensées en fonction d’une énergie bon marché, il faudra bien en reconsidérer les rouages pour éviter d’autres crises, financières, sociales et politiques.

 

 

 

 

 

 

16.06.2008

Quotas et économie de marché

pêche_thons.jpgDe l’économie de marché à l’économie du Vivant

Alexis du Fontenioux. juin 2008. Paru dans le webmagazine : Paru dans : WEB(MAGA)ZINE GREEN IS BEAUTIFUL®

http://www.green-is-beautiful.com/IMG/pdf_green-is-beauti...

La fin de la pêche au thon rouge

En 2007, La commission européenne a décidé l’interdiction d’urgence de la pêche du thon rouge en Méditerranée et en Atlantique, à la grande satisfaction des organisations non gouvernementales de protection de la nature et au grand dam prévisible des pêcheurs qui ont crié à la manipulation et à la condamnation de leur métier. La pêche industrielle, la demande croissante et la pression économique ont eu raison de ce dur métier. Nous avions probablement oublié qu’il s’agit là de l’une des dernières activités de cueillette de notre société développée. La cueillette consiste à prélever des ressources naturelles au sein de son écosystème pour satisfaire ses besoins. Or la satisfaction de nos « besoins » en thon rouge a compromis la capacité des générations actuelles à satisfaire les leurs. C’est précisément la définition du développement durable. Malgré les signaux d’alarme, la pression sur les stocks restait considérable. La question de la régulation est éminemment politique et les négociations à Bruxelles sur les quotas de pêche en sont l’illustration. Les stocks de thon rouge sont devenus insuffisants pour garantir la pérennité de l’espèce, la pêche est désormais interdite, fermez le ban !

Économie de marché ou économie de quotas ?

Il n’existe à ce jour malheureusement que deux méthodes pour réguler un marché dont les ressources sont finies : le prix et les quotas. Le marché permet de garantir une gestion des stocks par les prix. Un stock finissant verra son prix s’envoler, limitant par extension la demande du produit. Ceci implique une réelle transparence sur l’état des stocks, premier obstacle à une gestion transparente des ressources. L’exemple du pétrole est édifiant. Les sources d’information sur l’état des stocks proviennent des pays producteurs ou des compagnies pétrolières dont la valeur dépend directement de l’état des réserves, on doit donc légitimement s’interroger sur ladite transparence. Par ailleurs, si le marché permet d’assurer une liberté individuelle et une gestion des stocks par les prix, les conséquences sociales et économiques peuvent être insoutenables en particulier dans les pays en voie de développement. Dans les périphéries de grandes agglomérations, les populations défavorisées déjà repoussées loin des centres villes seraient doublement pénalisées par le prix croissant de la mobilité pour rejoindre leur lieu de travail.

Le système des quotas en revanche gère l’état des ressources en planifiant la pression que nous exerçons sur elles, indépendamment des notions de coûts. Une politique de quotas implique une augmentation des réglementations, une gestion scientifique des ressources avec une prééminence des experts. Il s’agit d’un modèle difficilement compatible avec l’économie de marché, le résultat étant par définition liberticide. Imposer des quotas, c’est réglementer une production, une consommation, c’est parfois interdire. Il est très difficile pour une économie ouverte d’imposer ces principes au nom de la liberté individuelle. La politique euro­péenne d’allocation de quotas a même vu son principe amendé pour devenir un « marché » du carbone ! Au niveau local, des actions de réglementations par les quotas voient cependant le jour. Les taxes de « congestion », qui limitent l’accès des villes aux véhicules en sont un exemple. Si l’objectif initial de ces « taxes de congestion » est de limiter les embouteillages urbains, c’est aussi un moyen de contrôler la qualité de l’air, aujourd’hui meilleur qu’il y a quelques années. C’est aussi considérer l’air comme un espace fermé, sur lequel une politique de quotas a un réel impact environnemental.

 

Les quotas, jusqu’où ?

En matière d’émission de gaz à effet de serre par le secteur du transport (aérien et terrestre), la question n’est pas de connaître leur proportion relative mais la quantité des rejets et leurs évolutions, hors ces émissions ont augmenté de 23 % entre 1990 et 2004 (source IFEN). Autrement dit, 10 véhicules émettant 100 gr de CO2 par km polluent plus que deux véhicules à 250 gr. Le développement des voitures et vols « low cost » démontre pourtant que l’avenir des émissions de gaz à effet de serre dans ce secteur est loin de trouver une quelconque modération. De la même manière que le prélèvement de la ressource halieutique trouve ses limites face à la réalité des stocks, les émissions de CO2 se confrontent au caractère fini de l’atmosphère. On pourrait donc imaginer une réglementation de la mobilité avec un nombre de km défini par individu et par an comme les pêcheurs se partagent les stocks disponibles. Ce n’est pas à l’ordre du jour.

Les mutations profondes de nos modèles de développement économiques auxquelles nous nous préparons seront de véritables révolutions pour nos sociétés. Nous ne pouvons disposer librement de ressources limitées. Ce sera douloureux. Mais en considérant l’environnement de façon inclusive et pas uniquement au service de l’Homme, en appréhendant le caractère fini des ressources, en optimisant notre créativité collective, nous parviendrons sans aucun doute à inventer un modèle de développement plus humain.

15.05.2008

L'imagination au pouvoir

crise faim.jpg

 

Chronique d’un désastre annoncé.

 

Alexis du Fontenioux. Mai 2008.Paru dans : WEB(MAGA)ZINE GREEN IS BEAUTIFUL® N°6

http://www.green-is-beautiful.com/IMG/pdf_green-is-beautiful-webmagazine-n6.pdf

 

 

Nous avons pu débloquer en quelques jours des dizaines de milliards de dollars pour sauver notre système financier confronté à une grave crise structurelle. Nous peinons aujourd’hui à rassembler quelques centaines de millions de ces mêmes dollars pour venir en aide à une quarantaine de pays confrontés à une crise alimentaire sans précédent. Ce constat fait par Dominique Strauss Kahn comporte une question sous-jacente : la sauvegarde du système est-elle plus importante que ses dommages collatéraux ?

 

Un désastre annoncé

 

L’histoire récente a connu d’autres crises alimentaires majeures, lors des famines chinoises de la révolution culturelle, nous avions beau jeu de dénoncer l’incurie du système communiste à apporter le bonheur et l’abondance à ses populations. Une crise alimentaire est le signe révélateur de l’échec d’un système et celle que nous connaissons aujourd’hui est la conséquence concrète et directe de notre modèle de développement. Les causes de la crise actuelle sont connues depuis longtemps : les limites de l’aide au développement, l’obligation que nous avons créée pour les pays en voie de développement de se concentrer sur des monocultures dédiées à l’exportation, l’augmentation des bouches à nourrir corrélée à la diminution des surfaces cultivables, l’agriculture intensive et l’appauvrissement des sols, la désertification et l’impact du réchauffement climatique sur les productions agricoles. Nous étions donc prévenus. La surprise est venue de l’ampleur et de la rapidité du phénomène. Plus question aujourd’hui de déclarer que la crise est à venir, nous y sommes. Les responsables du Programme Alimentaire Mondial dont dépend directement la survie d’environ 80 millions de personnes annoncent la réduction de 40% de leur capacité à fournir l’aide nécessaire en raison de la crise actuelle. La survie de plusieurs millions de personnes est donc menacée, maintenant, tout de suite !

 

Alarmisme et principe de réalité

 

Lorsqu’ils ne sont plus en situation de responsabilité, d’anciens hauts responsables des institutions internationales (FMI, Banque Mondiale) émettent leurs doutes quant à la capacité du système à assurer un développement efficace et durable. Joseph Stiglitz, ancien vice-président du FMI conclura même : « la libéralisation des marchés et la mondialisation, cela ne marche pas… cela ne marche pas pour l’environnement ». Ces discours n’ont pas eus d’échos, car si nous les entendons, nous ne les assimilons pas. De nombreux acteurs évitent les discours alarmistes au motif qu’ils génèrent une culpabilisation, considérée comme contre-productive dans l’appréhension des enjeux. Pourtant, l’alarmisme n’est pas un jugement moral, il n’est que l’expression d’un principe de réalité, la morale intervient dans ce que nous faisons de ce principe. Faut-il rappeler ici que les prévisions données par les différentes organisations internationales sont systématiquement en dessous de la réalité constatée tant dans leur ampleur que dans la rapidité des évolutions (réchauffement climatique, fonte des glaces, désertification, disparition de la biodiversité…). « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Cette phrase qualifiée par certains de démagogique est plus que jamais d’actualité. Notre mode de pensée vis-à-vis de la nature et de l’environnement tarde à évoluer, notre approche est encore subjective, approche où l’homme et ses intérêts sont au centre des considérations, où l’environnement est à notre service exclusif. Nous reproduisons les mêmes erreurs dans une fuite en avant, parce que nous optons en général pour des solutions de facilité. N’est ce pas là le syndrome OGM, alors que nous en connaissons les dangers? Certes, on peut imaginer l’intérêt en termes de pouvoirs économiques et diplomatiques de maîtriser

les circuits alimentaires mondiaux, cela n’en reste pas moins inacceptable.

 

L’agriculture n’est pas seulement un commerce - la situation actuelle le rappel cruellement - c’est le premier échelon dans la pyramide des besoins, c’est pour une population la première étape d’un développement durable. Les solutions existent, Michel Griffon, auteur de «Nourrir la Planète » le rappelle : il est possible de valoriser les 10 cm de terre qui nous apportent nourriture et vie, en développer la productivité. Encore faut-il se donner la peine de travailler les solutions alternatives pour faire fonctionner plus intensivement les écosystèmes. Bien sûr, la crise alimentaire n’en est qu’à ses débuts, explosion démographique oblige. Il faudra, sur une superficie identique, trouver un moyen pour doubler la production agricole mondiale en deux générations. Nous pouvons bien sûr faire appel à des technologies nouvelles, dans la mesure où elles ne comportent pas de caractère irréversible, dans la mesure où elles servent un intérêt général au-delà des intérêts particuliers, dans la mesure où elles sont contrôlées de façon réellement indépendante. Le problème est complexe, difficile, mais tellement nécessaire !

 

L’urgence de la communication et de l’imagination

 

Dans tous les domaines, si nous acceptons le principe de réalité sans céder aux solutions de facilité, si nous

comprenons que notre modèle n’est plus adapté à l’explosion démographique croissante, nous pourrons alors

repenser la notion de progrès et de développement et surmonter les résistances aux changements. La première

étape est de communiquer, de divulguer et d’informer sur le principe de réalité, sans avoir peur du caractère anxiogène de celle-ci. Un climatologue américain déclarait en substance « Je suis dans la situation d’un scientifique de la NASA, sachant que la navette va exploser en vol et qui a le choix entre parler et se taire ». Maximilien Rouer, théoricien de l’économie positive, a commencé ses activités à partir du constat que « la connexion entre le monde scientifique et celui des entreprises n’existait pas, encore moins avec la sphère financière ». Ceux qui prêchaient hier dans le désert, considérés comme des fous illuminés, commencent doucement à se faire entendre, c’est un début. Le début de l’imagination au pouvoir !