17.06.2009
Fleurir le désert, du rêve au cauchemar
Fleurir le désert, un rêve devenu cauchemar
Alexis du Fontenioux. Juin 2009.
Il a fallu l’énergie, la créativité et l’effort de plusieurs générations pour donner une réalité à un objectif herculéen en pays d’Israël : faire fleurir le désert. Un temps cet objectif suscita une certaine admiration et on vint chercher en plein Néguev ce qu’on espérait être une solution pour de nombreuses régions arides du globe. Ainsi la volonté humaine devait pouvoir réaliser l’impossible : faire fleurir le désert, transformer la nature ou plutôt en dominer ses contraintes.
Ceci passait par l’exploitation de toutes les ressources hydriques disponibles, pluies, rivières, fleuves, nappes phréatiques, eaux fossilisées. Il a fallu ensuite limiter au maximum les fuites, pertes et autres évaporations de cette eau si précieuse. Ainsi, nous pouvons voir le long des routes du désert d’étranges tuyaux sortir de terre et qui rappellent en toutes circonstances l’obsession permanente de l’or bleu. Les étranges trottoirs qui longent les routes au Nord de Tibériade couvrent des canaux transportant en toute sécurité l’eau du Jourdain jusque dans les contrées les plus reculées.
Durant un temps, la production agricole du pays dépassa toutes les espérances. Jusqu’au jour où confronté à une population en constante augmentation, population souhaitant conserver son style de vie et donc sa consommation d’eau douce, les ressources disponibles (2 milliards m3) rencontrèrent leur limite d’exploitation. On s’appliqua alors à exploiter de nouvelles « sources ». On pompa dans les eaux fossilisées et au prix d’une démesure d’énergie, on dessala l’eau de la Mer Morte. Cette mer, la plus basse du monde (-400m) continue depuis sa chute, sous l’effet conjugué de la baisse des pluviométries, des ponctions faites sur le Jourdain et du dessalement.
Le cercle vicieux semble être bien en place, augmentation de la population, amélioration de la production agricole, augmentation du niveau de vie, augmentation de la demande en eau, etc. A ce rythme, cette ressource ne tiendra pas plus d'une décennie, la situation est critique. On songe aujourd’hui à acheminer vers la Mer Morte l’eau de la Mer Rouge et de la Méditerranée ! Le cercle vicieux continue sa ronde…
La situation de stress hydrique en Israël (et ailleurs) génère des inégalités de plus en plus flagrantes et reste porteuse de conflits pour le coup insolubles. Il semble terriblement difficile pour l’espèce humaine d’accepter une quelconque « marche arrière », d’admettre qu’un style et un niveau de vie n’est tout simplement pas tenable. Il en va de même pour nos golfeurs de Palm Spring, Marrakech et Agadir ne sortent pas du triptyque « Palais – hôtel – golf », les pelouses, piscines et casinos de Las Vegas lui font tutoyer les limites d’une catastrophe hydraulique. Il faudra bien un jour faire preuve de sagesse et admettre finalement que parfois la beauté d’un rêve se confronte au cauchemar d’une réalité.
« Sources » , Webographie.
http://exact-me.org/overview/p4144.htm
http://www.mfa.gov.il/MFAFR/MFAArchive/2000_2009/2000/10/...
09:28 Publié dans billets d'humeurs, environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : stress hydrique, eau, niveau de la mer
24.03.2009
Conférence d'Istanbul
Une histoire d’O
Alexis du Fontenioux. Mars 2009
En 1974, un vieil homme aux cheveux blancs nous présentait un programme nouveau : l’écologie politique. Pour illustrer son discours, René Dumont terminait son allocution en buvant un verre d’eau et déclarait « nous manquerons bientôt d’eau !». Le 22 mars 2009 se terminait le 5ème forum mondial de l’eau à Istanbul, 25 000 participants de 192 nationalités discutant de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. 1,2 milliards d’individus n’ont pas d’accès à l’eau potable et plus de 2 milliards sont privés d’assainissement. En 2030, plus de 5 milliards de personnes n'auront sans doute toujours pas accès à un système d'assainissement décent. Une demande toujours en croissance, des ressources qui diminuent. Amère reconnaissance…

Il en va de l’eau comme du climat, les tractations internationales sont hasardeuses. Le constat, même partagé, ne suffit pas. On pensait l’administration américaine désormais plus encline à la responsabilité et à la solidarité environnementale, on apprend pourtant sa réticence à parapher un texte engageant. Encore une fois, la communauté internationale fait la preuve qu’elle est capable d’analyser un problème mais se révèle incapable de l’anticiper et de le traiter. L’eau est pourtant un problème immédiat et si certains pays sont à l’abri du stress hydrique, aucun ne sera protégé des conséquences globales du phénomène. L’assèchement des bassins versants de l’Indus menace directement plus d’un milliard d’individus. Plus proche de nous, la ville de Marseille envoie de l'eau par bateau à la région de Barcelone ! En Ibérie, la sécheresse et la désertification avancent inexorablement, menaçant les productions agricoles et les conditions de vie ; on projette aujourd’hui des détournements massifs de fleuves pour irriguer ces terres assoiffées. Plus encore que la faim, l’eau poussera des peuples entiers à l’exode.
Si les objectifs du millénaire (réduire de moitié le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau) sont d’ores et déjà un échec, essayons au moins de ne pas renouveler nos atermoiements « Kyotoesques » parce qu’en matière de santé, de développement, de survie tout simplement, la question de l’eau est bien plus urgente et cruciale que toutes les autres questions environnementales. Il nous a fallu 10 ans pour esquisser le début d’une dynamique sur les émissions de gaz à effet de serre, les populations en stress hydriques n’auront pas la capacité de faire preuve d’autant de patience. Comme le dirait nos agitateurs de Greenpeace : « maintenant c’est quand ?»
16:18 Publié dans environnement, politique/gouvernance, social / sociétal | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : conférence d'istanbul, eau, rené dumont, discours sur l'eau, migrations cimatiques
11.02.2009
Arrêtons de nous mentir
Arrêtons de nous mentir !
Alexis du Fontenioux. Février 2009
Un individu mène une vie normale, boulot, métro, dodo. Il boit un peu de bière, fait peu de sport et fume quelques cigarettes de temps en temps. Cet individu est-il capable de courir un Ironman (triathlon extrême)? Si oui, ce sera probablement dans la plus grande souffrance. Si cet individu était prévenu 1 an auparavant, il aurait pu s’entraîner, limiter ses sorties, faire attention à son alimentation et aurait probablement moins souffert pour sa course.
En matière de développement nous en sommes là. Nous savons que nous avons un triathlon à courir dans un an, pourtant, nous nous entrainons peu, continuons à sortir, à boire, à fumer etc.… Si un coach nous observait durant cette période, il ne manquerait pas de dire combien la course sera difficile sans plus de rigueur et de préparation. Il ne serait pas alarmiste, juste réaliste.
Les chiffres, les faits et leurs conséquences en matière de prospective de l’eau, de la biodiversité, des changements et migrations climatiques sont proprement effrayants. Lorsque les faits sont soulignés, la parade pour ne pas les prendre en considération s’appelle « l’alarmisme ». Certes, les faits donnent le vertige, devons-nous cependant ne pas ouvrir les yeux parce que regarder les choses en face nous mettrait dans une situation d’inconfort ?
La réponse à la gestion des ressources rares et du climat est double : une réponse par les prix ou une réponse par les quotas. Aucune de ces deux options n’est acceptable, les conséquences en sont soit le développement des inégalités (en ces temps de crise du pouvoir d’achat, nous en ressentons l’intensité), soit une limitation de nos libertés. Pourtant, toute odieuse que soient ces réponses, il faudra s’y faire, faute de quoi nous entrerons dans une période de conflits (conflits énergétiques) de tensions (émeutes de la faim) et pourquoi lâchons le mot : de guerres. On nous dit qu’on ne peut empêcher la Chine d’accéder ou de vouloir accéder à notre niveau de développement économique et social, il est pourtant utopique de penser que cela soit possible ! Si tout le monde consommait autant qu'un européen, il faudrait l’équivalent de trois planètes, cinq pour un américain. La chine aujourd’hui peut encore se contenter d’une planète, plus pour très longtemps. « Il est probable que la Terre pourra nourrir 9 milliards d'habitants (population prévue en 2050), mais il est certain qu'on ne peut le faire en assurant à chacun une part de ressources équivalente à ce dont dispose aujourd'hui un Européen et encore moins un Américain. Le niveau de vie de certains est dès maintenant inséparable de l'inégalité, c'est-à-dire de la misère d'autres », André Lebeau.
A nous de choisir : est-on prêt à accepter un vol paris Marrakech à 30 000 €. Si la réponse est négative, accepterait-on un quota d’1 vol intercontinental tous les 20 ans avec l’interdiction des vols intérieurs, si la réponse est encore négative, il faudra se résoudre au pire (au sens Kouchnérien du terme)
Mais ne soyons pas alarmistes, restons optimistes, tout ceci n’arrivera pas puisque l’avenir est le fruit de la nécessité et de la volonté. Alors consommons, puisque c’est encore le meilleur moyen de sortir de la crise.
17:41 Publié dans billets d'humeurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : climat, biodiversité, eau, prix, quotas
14.11.2008
« La paix pour l’eau, l’eau pour la paix » fondation Chirac
L’eau, un modèle à suivre.
Alexis du Fontenioux. Novembre 2008.
L’Inde et le Pakistan au plus fort de leurs hostilités n’ont jamais cessé les discussions, ni brisé les accords concernant le traité du bassin de l’Indus. Lorsqu’il n’y avait plus de discussions possibles entre Y. Arafat et l’Etat juif, la question de l’eau était toujours mise à part et traitée dans la continuité. On connaît la difficulté des pays Africains à se mettre d’accord sur des politiques communes, la charte du Fleuve Sénégal fait figure d’exception. L’eau touche à la dignité et à la survie de base des individus, lorsqu’elle vient à manquer il nous arrive de redevenir raisonnable. Ce sont là quelques réflexions issues du symposium de la fondation Chirac « La paix pour l’eau, l’eau pour la paix » (13/11/2008).
En ces temps de sommets incessants, de « nouveau Bretton Woods », il est bon de se rappeler l’existence des ces coopérations réussies. Certes, ces modèles se limitent à quelques états concernés par un même bassin versant, mais ils montrent que la coopération internationale et la solidarité autour des ressources est possible au-delà des divergences idéologiques et politiques profondes.
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