28.11.2008

Pas de mutations sans crises

jourJ.jpgL’importance du Jour J

Alexis du Fontenioux. Novembre 2008

La violence de la crise financière et l’ampleur de la crise économique ont favorisé une réponse politique massive, mondiale, immédiate et surtout relativement coordonnée. Ce cataclysme a permis de nouveaux modes de concertations relatives à l’urgence des réponses à apporter. Cette crise a aussi favorisé une remise en cause et une réflexion globale sur le « système ».  Il y a rarement de mutations sans crise, dit-on.

Parallèlement, la crise et l’urgence environnementale ne bénéficie pas d’un tel traitement. La raison est simple : l’évolution de cette crise est plus lente, ses effets sont progressifs. Au quotidien, nous ne ressentons pas ou peu les conséquences du réchauffement climatique, de l’érosion de la biodiversité, de la rareté des ressources. Les conséquences économiques et sociales sont de ce fait plus diffuses.

Pourtant les faits sont sensibles et les tendances décryptées : la société chinoise disposant d’un même taux d’équipement automobile que les pays de l’OCDE monopoliserait l’intégralité des ressources pétrolières, le réchauffement climatique et la montée des océans pousseront des centaines de millions de personnes à la migration, le tarissement des fleuves de l’Indus menacera la santé de 2 milliards d’individus, les conséquences de l’érosion de la biodiversité sont à ce jour encore inconnues, etc... Tous ces indicateurs sont entendus par la communauté internationale, le constat est globalement partagé mais ils ne sont pas intégrés dans les modèles de développement et de coopérations proposés. En d’autres termes, nous entendons mais nous « n’imprimons pas ».

 Il y a eu le jour J de la crise financière (faillite de Lehman Brothers), il n’y aura probablement pas de jour J du crash environnemental. C’est un processus lent et régulier, empêchant ainsi le même type de réponses internationales que la crise actuelle. Le crash environnemental est pourtant tout aussi réel que la faillite d’un système économique  et financier et ses conséquences sont bien plus considérables puisqu’elles induisent un caractère fondamentalement irréversible.

Il faut donc répéter sans cesse et inlassablement ces réalités pour qu’elles entrent enfin dans notre matrice de pensée, pour faire comprendre que la crise environnementale est bien plus fondamentale que la crise économique et financière, puisqu’elles remettent directement en cause  la paix et l’harmonie entre les peuples (cf André Leabeau).

20.11.2008

Bonne affaire, mauvaise nouvelle

bonne affaire.jpgLe coût des choses

Un designer d’une célèbre marque de distribution sportive vantait récemment le lancement d’une combinaison de surf en néoprène à 15 €.

15 € ! Voilà un produit qui il y a quelques années coutait la moitié d’un mois de salaire, il est aujourd’hui en vente à 15€.

Si nous ôtons les marges du distributeur, les frais des activités de soutien (RH, infrastructures…), des activités principales (marketing, vente…), les coûts de  production, la matière première et considérant qu’il est interdit de vendre à perte, autant dire que le produit est gratuit.

Y-a-t-il un intérêt économique à un tel positionnement ?

1.     Le surf est un sport passion, le pratiquant achètera une combinaison quel qu’en soit le prix. Il attendra un peu de temps pour faire les économies nécessaires ou patientera jusqu’au prochain Noël pour satisfaire son besoin, mais il achètera au final sa combinaison.

2.    Le surf est un marché par nature limité. Si l’entreprise gagnera dans un premier temps des parts de marché, elle ne pourra développer son produit au-delà des pratiquants de surf.

3.    Compte tenu des marges estimées au regard du prix de vente, l’entreprise pourra vendre des centaines de milliers de combinaisons, cela ne fera pas tourner la boutique pour autant.

Il n’y a donc peu d’intérêts économiques à cette « performance ». Par ailleurs, le néoprène est un produit polluant et peu recyclable. Une combinaison de surf est un produit assez élaboré avec une valeur ajoutée certaine, on peut légitimement s’interroger sur la dimension sociale de cette production.

Une combinaison de surf à 15 € n’est pas une bonne nouvelle pour l’environnement et n’a pas de justification économique solide ; c’est à l’opposé d’une démarche de développement durable. Une bonne affaire peut être une mauvaise nouvelle.

04.11.2008

Pays-Bas, pays responsable

digues_pays_bas.jpgPays-Bas, pays responsable ?

Les Hollandais ont depuis toujours une relation particulière à l’environnement : leur pays est bas, une grande partie du territoire (1/4) est sous le niveau de la mer. Avec la montée prévue de celle-ci, quelle part le sera à l’horizon 2100? 70, 80% ?

Le premier fait marquant de la politique néerlandaise est l’anticipation dont elle fait preuve. Un plan de renforcement des digues le long du littoral, des fleuves et des rivières est étalé jusqu’en 2050, un plan supplémentaire est prévu jusqu’en 2100 ! Les budgets sont fixés sur toute cette période, plus d’un milliard d’euros (1,2 ; 1,6) seront investit tous les ans. Existe-t-il ailleurs un plan anticipant des changements profonds sur une période aussi longue ? Nous avons du mal à respecter des engagements à l’horizon 2012, les hollandais voient plus loin.

La deuxième caractéristique de leur politique est la prise en compte des scénarios les plus défavorables. Pessimisme ou principe de responsabilité ? Hans Jonas n’aurait pas fait mieux. Pour répondre au défi de la montée des eaux, les Pays Bas refusent les hypothèses consensuelles et le juste milieu. Quand le GIEC prévoit une élévation du niveau de la mer de 18 cm à 59 cm en 2100, le gouvernement Néerlandais agit sur la base des hypothèses les plus pessimistes : 4 mètres en 200 ans ! Et les budgets suivent. Les hollandais voient plus haut.

Les grandes infrastructures actuelles ont été renforcées (le plan Delta) suite aux inondations de 1953, les Pays bas connaissent le prix d’une catastrophe naturelle majeure et en tirent les conséquences. Ce sont donc plusieurs dizaines de milliards d’euros prévus pour sécuriser le pays, on peut le comparer avec le plan américain autour de la Louisiane (430 millions de $ en 10 ans, 80% de réduction de budget !).

La hollande est dépourvue de montagnes, mais son gouvernement voit plus loin et plus haut.

28.10.2008

Vers une nouvelle gouvernance mondiale

ONU.jpgA toute chose, malheur est bon

La crise financière nous oblige à repenser la gouvernance mondiale !

L’heure est à l’imagination. Il ne s’agit pas aujourd’hui de reprendre des schémas économiques et sociaux éculés. Le collectivisme à fait son temps, le libéralisme débridé de même. Si le collectivisme fonctionne sur un petit périmètre (le Kibboutz, la communauté), il ne resiste pas à un élargissement de son périmètre : on ne peut forcer l’homme à renoncer à son besoin de liberté, ni même à son égoïsme naturel. Le keynesianisme ne peut fonctionner dans un contexte aussi hétérogène que celui de la mondialisation actuelle. Le libéralisme post-Reaganien ne résiste pas à l’élargissement de la mondialisation, confrontée à la rareté des ressources. Alors que faire ?

Les gouvernements sont confrontés à une nouvelle gestion collective de problématiques transfrontalières, aujourd’hui la finance, demain l’environnement ?. La question de la « gouvernance mondiale » (définie par le gouvernement des gouvernements ) se pose avec force. Mais qui va définir les règles du jeu et comment sanctionner les inévitables tricheurs ? Les institutions actuelles sont dans le désarroi ; l’OMC, le FMI, la Banque Mondiale, sont des outils d’intervention dominés et orientés par les Etats Unis, ils ont fait leur temps. Les nouvelles puissances ont désormais leur voix au chapitre, de là à ce que la Chine donne des « leçons de capitalisme »…

Ainsi, la nouvelle donne de gouvernance se caractériserait par une « coordination » des politiques (aujourd’hui financières, puis inévitablement économiques et sociales). C’est plutôt une bonne nouvelle pour la prise en compte des enjeux du développement durable. Mais entre le marché et les quotas, entre l’économie de marché et la réglementation, le chemin est étroit.

Une transition des institutions de gouvernances mondiales est en cours. Il faudra vite combler le vide et mettre en place les nouvelles règles du jeu. Elles devront être crédibles, réellement représentatives et dotés de pouvoirs opérationnels (contrôle et sanction). Belle exercice démocratique en perspective ! Dans ces nouvelles règles, quelle place sera réservée aux questions du développement durable, de la protection de l’environnnement, de la lutte contre la pauvreté ? Puissions nous confimer l’adage : « A toute chose, malheur est bon ».