15.10.2009
Sale temps pour l'atome
Sale temps pour l'Atome
Alexis du Fontenioux. 20 octobre 2009.
Régulièrement, l'industrie nucléaire sort de son confinement pour venir nous rappeler que les problèmes inhérents à l'activité sont toujours des sujets brûlants. A ce titre, ces dernières semaines ont été assez riches en matière de révélations, enquêtes et autres incidents. Les porte-paroles d'EDF et d'Areva n'ont pas du chômer !
Tout d'abord, le documentaire réalisé par Laure Noualhat et Eric Guéret (Déchets, le cauchemar du nucléaire) traite de la difficile question des déchets nucléaires sous un jour nouveau. Pour le profane, ces enquêtes ont le mérite de faire découvrir certains aspects obscurs de l'activité et de permettre un meilleur décryptage des discours officiels. Ainsi, on apprend avec une certaine stupéfaction que l'industrie nucléaire française ne dispose pas elle-même de la technologie nécessaire pour recycler « effectivement » ses matériaux radioactifs et est obligée d'en abandonner une bonne partie en cours de route. Incompétence irresponsable lorsqu'il ne s'agit que d'un choix d'investissements. L'effectivité du recyclage des matières radioactives permet aussi de nuancer sérieusement les amalgames régulièrement réalisés entre renouvelabilité, recyclabilité et recyclage : « Il faut parler, du nucléaire comme de toutes les autres énergies renouvelables » N. Sarkozy25/07/2007. De même, le discours relatif à la « sécurité et à l'indépendance énergétique » est mis à mal, lorsque cette même sécurité et indépendance est directement menacée en amont et an aval de la filière.
Moins médiatisée mais tout aussi instructive, l'enquête menée par la même Laure Noualhat pour le magazine Terra Eco. Ici, la question se pose autour du management et des ressources humaines. On y apprend que les compétences nécessaires au fonctionnement de l'industrie nucléaire sont désormais une ressource rare en quantité comme en qualité. On savait Areva en permanente campagne de recrutement, on comprend mieux les enjeux lorsque le système éducatif français fourni 300 ingénieurs spécialistes du secteur par an alors que les besoins annuels se situent autour de 1200 emplois ! Lorsqu'Areva positionne la diversité comme une richesse pour l'entreprise, la réalité résonne plus comme un appel : « venez travailler chez nous, sinon qui fera tourner la machine ? ».
Enfin, « les emmerdes volant en escadrilles » (Jacques Chirac), surgissent des incidents pour le moins inquiétants. A Cadarache, on oublie 30 kg de plutonium, en Italie l' « éco-mafia » coule des cargos chargés de déchets radioactifs.... Sale temps pour l'atome.
L'industrie nucléaire est comme toutes les industries, elle ne peut survivre que si elle se place dans une logique d'investissements et de développements permanents. Les problèmes rencontrés aujourd'hui, loin d'être solubles sont donc destinés à se multiplier et à s'amplifier. Aujourd'hui, la question n'est pas d'être pour ou contre le nucléaire. La question est de savoir quand et comment en sortir. Les acteurs (EDF, Areva), au lieu de se projeter dans une permanente fuite en avant doivent prendre toute leur part à ce débat et s'inscrire eux aussi dans la « sortie du nucléaire ».
16:07 Publié dans économie, environnement, Science | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nucléaire, indépendance énergétique, sécurité énergétique, énergies renouvelables
12.12.2008
Débat Giscard Cohn-Bendit
LEMONDE.FR | 10.12.08
09:36 Publié dans actu, citations | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : eolienne, giscard, cohn-bendit, nucléaire
12.11.2008
L'atome : l'avenir de l'homme?

L’atome : l’avenir de l’homme ?
Alexis du Fontenioux. Novembre 2008
Lundi 10 novembre, des militants écologistes allemands ont menés des actions perturbant le transport de déchets radioactifs provenant de France (123 tonnes tout de même !). Nous sommes maintenant habitués à ces manifestations qui ne présentent plus de caractère exceptionnel et ne retiennent plus l’attention des médias.
Elles ont cependant le mérite de nous rappeler régulièrement la problématique du nucléaire. Anne Lauvergeon nous présentait récemment son ouvrage sur la « Troisième révolution énergétique », vantant bien entendu l’intérêt de l’atome dans la production décarbonée d’énergie. L’atome serait même « l’avenir de l’homme ». Anne Lauvergeon soutient certes la production d’énergies renouvelables, mais ne lâche rien sur l’intérêt de la production d’électricité nucléaire. On peut comprendre le corporatisme induit dans cette posture, on comprend mal cependant l’analyse qui est faite de l’avenir du nucléaire et l’irresponsabilité qui en découle.
1. Gestion des déchets. On nous promet des centrales de 3ème, 4ème génération. Pourtant le problème initial du nucléaire n’est toujours pas résolu. L’important n’est pas la succession des générations de centrales, mais les déchets qu’elles produisent. Sur ce sujet, quelles avancées significatives se dessinent ? Aucune. Cela reviendrait pour un constructeur aéronautique à nous proposer des avions volant toujours plus vite et plus haut, mais sur lesquels aucun train d’atterrissage n’aurait été conçu. Il convient tout de même de rappeler que le traitement des déchets radioactifs à haute activité est encore au stade de la recherche et que leur durée de vie est de plusieurs centaines de milliers d’années, voir plus. Certains chercheurs étudient des moyens pour communiquer aux générations futures (comment trouver un langage commun sur plusieurs milliers d’années ?) la dangerosité des produits qu’elles trouveront sous leurs pieds. Anne Lauvergeon se dédouane en considérant que ces déchets tiendraient dans une piscine olympique. Soit, « Little Boy » tiendrait aussi dans un combi Volkswagen.
2. Durabilité de la ressource. Peut-on considérer le modèle français de mix énergétique (80% de l’électricité d’origine nucléaire) comme exportable ? Certes, si les modèles de surgénérateurs permettent de belles perspectives quant à la disponibilité des ressources, celles-ci n’en demeurent pas moins limitées et portent en elles des sources de conflits non négligeables. Les évènements du Niger en témoignent. Au-delà de cette question, reste à considérer le niveau d’acceptabilité du risque par les populations : « Une centrale nucléaire ? Oui mais pas dans mon jardin ». Enfin, une centrale nucléaire a besoin d’eau …………
Bien sûr, il ne s’agit pas aujourd’hui de se couper le bras en se privant d’une énergie efficace et peu émettrice de CO2. Mais Le nucléaire doit être considéré comme une production énergétique de transition vers l’après pétrole. « Les énergies renouvelables constituent un axe essentiel de la stratégie industrielle d’AREVA » (Anne Lauvergeon) : chiche ? Mais quelle est la part d’investissements accordés par Areva aux énergies renouvelables, au traitement des déchets et au démantèlement des centrales actuelles ? La responsabilité du groupe dirigé par Anne Lauvergeon devrait être de prévoir dès aujourd’hui la sortie du nucléaire. L’avenir d’une politique énergétique durable réside dans une ressource disponible et sans limite : le soleil et ses dérivés (marées, biomasse, vent). A défaut, ce sont des décennies de tensions et de conflits énergétiques qui nous attendent.
L’atome est la plus petite partie d'un corps simple. Si l'industrie de l'énergie nucléaire fait partie du mix énergétique actuel, elle ne saurait constituer un avenir pour l'homme.
14:58 Publié dans environnement | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nucléaire, énergies renouvelables, areva, ressources, déchets



